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Marie-Claude Saliceti
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Cette semaine à Gaza : Détérioration, Effritement, Impuissance, la vie à Gaza
#Israel #Gaza #Cisjordanie #genocide #famine #tortures #cessezleFeu #UJFP
Article mis en ligne le 25 février 2026
dernière modification le 23 février 2026

Pour bien comprendre la nécessité de la solidarité internationale ne faut-il pas s’approcher au plus près de la réalité quotidienne de la vie à Gaza depuis près de 1 000 jours. La lecture quotidienne des textes envoyés par Abu Amir nous y plonge et oblige à penser le délitement d’une vie accrochée à la terre.

Combien d’articles, de témoignages, de réalités nous le disent, malgré le génocide, les déplacements, malgré l’enfer et les procédures infernales pour revenir à Gaza depuis le « semblant d’ouverture » de Rafah, des milliers de personnes gazaouies veulent rentrer sur leur terre quoi qu’il arrive. Revenir en Palestine, cette terre à laquelle ils et elles appartiennent. Mais ce qu’il en est de la vie est mis à l’épreuve dans ses moindres détails, jour après jour ; comment le supporter ? C’est cela que nous raconte Abu Amir dans un texte du 15 février : comment retrouver le sens de l’existence ?

« Une introduction qui n’est pas un préambule à un rapport, mais la description d’un état humain global, qui constitue l’arrière-plan dans lequel s’inscrivent toutes les interventions de l’UJFP. Chaque repas préparé, chaque séance de soutien psychologique, chaque espace éducatif et chaque initiative agricole ne sont pas des actes isolés, mais des réponses directes à la réalité, et une tentative quotidienne de rendre la vie possible dans un lieu où l’être humain est mis à l’épreuve dans les moindres détails de son existence.

(...)

La guerre à Gaza ne se mesure pas seulement au nombre de frappes aériennes, mais au nombre de fois où le sentiment de sécurité est arraché, et au nombre de nuits que les gens passent dans des lieux qui ne ressemblent pas à des maisons, qui n’offrent ni chaleur, ni intimité. Le déplacement forcé n’est plus un événement exceptionnel, mais un état permanent, dans lequel les corps se déplacent tandis que les âmes restent suspendues aux lieux laissés derrière elles. Dans cette réalité, la vie s’érode par ses marges. L’économie ne s’effondre pas soudainement, mais se désagrège morceau par morceau : des terres qui ne sont plus cultivées, des marchés qui ne fonctionnent plus, un travail qui a perdu son sens, et des familles qui ont épuisé leurs maigres économies jusqu’au vide. Avec tout cela, le sentiment de capacité s’effrite, remplacé par un sentiment collectif d’impuissance, non pas parce que les gens ne veulent pas travailler, mais parce que tous les outils du travail leur ont été retirés.

La souffrance ne s’arrête pas à la faim. (...)

À Gaza, les enfants grandissent plus vite qu’ils ne le devraient. Non pas parce qu’ils le souhaitent, mais parce que l’enfance elle-même est devenue un luxe. (...)

Ce que les équipes de l’UJFP cuisinent chaque jour n’est pas seulement de la nourriture, mais du temps supplémentaire pour la vie, et un espace temporaire de stabilité dans une réalité dépourvue de toute certitude. C’est un effort humanitaire silencieux, qui ne prétend pas changer la réalité, mais qui empêche la réalité d’engloutir complètement l’être humain. (...)

Tant qu’il y aura des personnes prêtes à partager le fardeau et à se tenir aux côtés de Gaza par des actes et non par des mots, ces espaces continueront d’exister, et la vie restera possible, non pas parce qu’elle est facile, mais parce que quelqu’un a choisi d’y croire et d’en soutenir la continuité. »

Mahmoud Darwich écrit dans Chronique de la tristesse ordinaire : « Affamée, elle refuse, dispersée, elle refuse, embarbelée, elle refuse, mise à mort, elle refuse. C’est la manière de Gaza d’annoncer son imprescriptible droit à la vie… »