En Cisjordanie occupée, depuis le 7 octobre 2023, les attaques violentes menées par des colons contre les communautés palestiniennes rurales et plus particulièrement les communautés bédouines installées, ont considérablement augmenté. Ce climat de violence et d’intimidation conduit de nombreuses familles à fuir, abandonnant parfois des hameaux dans lesquels elles avaient vécu toute leur vie.
À Mu’arrajat, dans la vallée du Jourdain, juste avant d’arriver à Jéricho, c’est une expulsion silencieuse qui se joue. Soixante-quinze familles vivaient ici dans ces collines arides, tout à l’est de la Cisjordanie occupée. Mais désormais les enclos sont vides, les maisons à l’abandon. Plus une seule communauté bédouine palestinienne ne vit ici, précise Mohammad Kaabneh.
« Je suis parti parce que je craignais pour mes enfants à cause des colons. Je ne suis pas parti par choix. J’ai été déplacé de force. C’est différent quand on est forcé de partir, nous ne l’avons pas choisi », décrit-il.
Harcèlement de colons
Un colon était venu s’installer au-dessus de chez lui. Il criait la nuit, lançait des pierres, traversait les habitations, attaquait les résidents. « Honnêtement, c’était des harcèlements de colons que personne ne pouvait supporter. On ne dormait même plus la nuit. On ne se déplaçait plus librement la journée, sans crainte. On devait monter la garde jour et nuit », poursuit Mohammad. (...)
Dans cette partie de la vallée du Jourdain, la stratégie des colons est simple : un grignotage constant du territoire pour dépeupler la zone des Palestiniens. (...)
avec l’appui du gouvernement israélien et de l’armée. Partout, des drapeaux israéliens émergent, des panneaux de signalisation en hébreu. (...)
« C’est difficile, quand vous quittez un endroit où vous avez vécu pendant quarante-cinq ans — pas un jour, ni deux ou trois, mais presque toute une vie. Le sentiment de quitter un lieu où vous avez vécu est extrêmement douloureux, surtout lorsque c’est à cause de groupes agissant comme des mafias qui viennent vous déraciner. » (...)
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La menace planait depuis quelques mois sur le lieu. En plus de leur retirer leurs pouvoirs municipaux sur la mosquée d’Ibrahim, le Cogat, organe du ministère de la Défense en charge des questions palestiniennes, a dans le même temps approuvé la construction d’un toit au-dessus de la cour intérieure du lieu de culte, malgré la vive opposition des Palestiniens.
« Il s’agit d’une violation flagrante du droit international et des accords en vigueur », a condamné la municipalité d’Hébron dans un communiqué, accusant Israël de priver les institutions palestiniennes de leurs droits de planification et de construction.
Violation du statu quo
Pour les Palestiniens, il s’agit surtout d’une attaque supplémentaire contre le statu quo de la mosquée Ibrahim. Depuis le 7 octobre 2023, les entraves pour accéder à la mosquée se sont additionnées. Entre autres choses, les interdictions d’appel à la prière se sont multipliées, l’entrée a régulièrement été refusée aux fidèles musulmans, des fouilles intempestives ont été effectuées ainsi que des intrusions de colons.
Cette toute dernière décision fait alors craindre aux Palestiniens qu’Israël ne se rapproche d’une prise de contrôle totale de ce lieu saint pour les musulmans, les chrétiens et les juifs qu’ils appellent aussi le Tombeau des Patriarches puisqu’il abriterait les dépouilles d’Abraham, père des trois religions monothéistes, de son fils Isaac, de son petit-fils Jacob et de leurs épouses. Ce que souhaite les franges les plus extrêmes du gouvernement israélien.
Et si l’administration de la mosquée est exclusivement aux mains des Israéliens, beaucoup craignent, à terme, un effacement de son identité palestinienne.