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Dans les centres de détention bulgares, les migrants privés de leurs "droits humains fondamentaux"
#migrants #immigration #Bulgarie #detention
Article mis en ligne le 18 juin 2024
dernière modification le 17 juin 2024

Accès restreint au téléphone, présence de nuisibles, violences commises par les gardiens... Les témoignages recueillis par InfoMigrants sur les centres de détention bulgares pour migrants décrivent une réalité brutale. Pourtant, à l’orée de l’Europe, ces structures restent largement utilisées pour enfermer les exilés déboutés, ceux encore en recours, et même les demandeurs d’asile.

Dans ces centres de détention, les exilés n’ont qu’un accès très limité à leur téléphone. En théorie : quelques minutes par semaine. En pratique, "je n’avais aucune possibilité d’avoir mon téléphone", assure Osman. "Ma famille s’inquiétait beaucoup car elle n’avait aucune nouvelle de moi, et pensait que j’étais mort. Ces 13 jours m’ont paru durer 30 ans."
Des demandes d’asile enregistrées en détention

Lubiméts est l’un des deux centres de détention pour migrants en Bulgarie. L’autre, celui de Busmantsi, se trouve en périphérie de Sofia. Sohrab, un Afghan de 25 ans rencontré dans les rues de la capitale, a passé 14 jours dans le second. "Les conditions y étaient déplorables. Il y avait plus de 20 personnes dans une chambre", se souvient-il. Lui aussi en avait été libéré en y déposant une demande d’asile.

Il existe un troisième centre fermé, à Elhovo, tout proche de la frontière turque. Fin 2022, le gouvernement bulgare "a officiellement désigné le centre de détention d’Elhovo comme centre de transit pour la redistribution des réfugiés ukrainiens nouvellement arrivés, malgré ses conditions totalement inadaptées", relate le réseau European Council on Refugees and Exiles. (...)

Les exilés tout juste interpellés peuvent s’enregistrer comme demandeurs d’asile à Lubiméts et Busmantsi, comme l’ont fait Osman et Sohrab. Ils sont alors libérés en quelques jours - deux semaines au maximum -, avant de rejoindre les centres d’hébergement ouverts et dédiés à ce public.

Dans les centres de détention, sous l’autorité de l’Agence d’État pour les réfugiés, on trouve donc des demandeurs d’asile. Mais la majorité sont les déboutés. Ces exilés sont sous le coup d’une procédure de renvoi vers leur pays d’origine. Certains sont encore en recours, d’autres ont épuisé toutes les voies légales possibles.
De six à 18 mois de détention

"Le problème, c’est que nombre de personnes déboutées, comme les Afghans ou les Syriens, ne peuvent pas être expulsées", souligne Victor Lilov, membre du Comité Helsinki bulgare. Et ce, faute de voie diplomatique pour obtenir des laissez-passer consulaires entre la Bulgarie et les gouvernements en place dans ces pays. "Il n’y a donc aucune raison de les maintenir enfermés ainsi", estime-t-il. (...)

les chambres sont verrouillées entre 22 heures et 7 heures du matin : l’accès aux sanitaires est ainsi rendu impossible. Des détenus se voient contraints d’utiliser des bidons ou des bouteilles d’eau vides pour faire leurs besoins la nuit.

Photos à l’appui, Abdulrahman Al-Khalidi dénonce aussi des repas insuffisants - parfois un seul par jour. Ou encore la présence invasive d’insectes, dont des punaises de lit, causant des maladies de peau.

En outre, l’accès aux machines à laver et sèche-linges leur est refusé : "Nous devons laver nos vêtements manuellement tout le temps, parfois dans des températures en-dessous de zéro en hiver". (...)

En avril, Human Rights Watch a dénoncé un passage à tabac subi par le Saoudien de la part d’agents du centre, et exigé l’ouverture d’une enquête. (...)