Un an après la circulaire Retailleau, pierre angulaire du durcissement de la politique de régularisation initiée par l’ex-ministre de l’Intérieur, les sans-papiers en France peinent toujours plus à se faire régulariser. Conséquence : le nombre de régularisations a baissé de 42% au cours des neuf premiers mois de l’année 2025.
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"OQTF à vie"
"Ces derniers temps, nous ne constatons que des régressions", commente à son tour Koundenecoun Diallo, un délégué de la Coordination des sans-papiers de Paris (CSP75). Il dénonce la politique initiée par Bruno Retailleau comme "catastrophique pour les sans-papiers". Il cite notamment la phrase de la circulaire de janvier qui intime aux préfets d’assortir "systématiquement" d’une OQTF les refus de titres de séjour.
"C’est ce que, nous, on appelle les ’OQTF à vie’", tance Jean-Albert Guidou. La loi immigration de 2024 a portée la durée de validité d’une OQTF à trois ans, au lieu d’un an auparavant. "Mais dans les faits maintenant, si vous avez eu une OQTF 10 ans plus tôt, aujourd’hui, ça peut être un motif de rejet de la demande si vous ne prouvez pas que vous l’avez exécutée, et ce même si l’OQTF a expiré", s’insurge le syndicaliste. (...)
C’est ce qui effraie Edwige. Depuis son arrivée en France il y a quatre ans, la Congolaise a déjà fait une demande qui s’est clôturée par un refus et la délivrance d’une OQTF. Et maintenant, elle craint de ne plus jamais pouvoir régulariser sa situation. En CDI dans une entreprise de nettoyage, la femme de 41 ans attend le mois de mars pour déposer sa demande. "J’aurais à ce moment-là 24 fiches de paie consécutives", se rassure-t-elle. (...)
Mais la trace de cette OQTF plane comme une épée de Damoclès au-dessus de sa tête. "J’ai peur de rester une sans-papiers pour toujours", concède-t-elle. Avec émotion, elle regrette d’être forcée à cette existence discrète. "Je me sens humiliée, pas considérée. Les sans-papiers, on n’est personne. On n’a pas le droit de voyager, d’avoir un logement, des droits… C’est comme si on n’avait pas de vie. Ça me fait de la peine d’être dans cette situation. Ça me rend malheureuse", regrette Edwige.
Ladji partage les mêmes frustrations. "Je n’en peux plus. La vie est dure quand on est sans-papiers", souffle-t-il. "Etre sans-papiers, c’est un poids qui occupe toujours un coin de ton cerveau. Ça t’empêche de dormir. C’est des années de tracas et d’angoisse".
"Le renouvellement est aussi un véritable problème" (...)
Tout cela s’ajoute aux problèmes déjà inerrants aux préfectures, à savoir le manque de moyens, la numérisation des procédures et le temps de traitement des dossiers qui s’allonge (...)
dans les préfectures de France, les dossiers s’empilent. En Seine-Saint-Denis, département de France qui accueille le plus d’étrangers, "ils sont en train de finir de traiter les dossiers déposés fin 2022", conclut Jean-Albert Guidou.