
Alors que l’on vient de célébrer le 80e anniversaire des drames de Hiroshima et de Nagasaki, la vision d’un monde nucléaire s’affirme dans une pensée unique, alerte Jean-Marie Collin, consultant sur les questions de défense.
Si les derniers mois ont mis en exergue la problématique iranienne, il ne faut pas omettre les quelque 12 241 ogives nucléaires recensées en 2025 dans le monde. Une course globalisée que rien ne semble ralentir.
Quelques semaines après les commémorations du 80e anniversaire des drames de Hiroshima et de Nagasaki, une nouvelle course aux armements a débuté, les dépenses nucléaires mondiales s’envolent et la vision d’un monde nucléaire s’affirme dans une pensée unique. Paradoxalement, une écrasante majorité d’Etats, appuyés par la société civile, refusent cette sécurité à l’ombre d’arme de destruction massive et constatent l’échec de la dissuasion.
Lire aussi :
– (Greenpeace)
Le nucléaire : une menace globale, d’hier à aujourd’hui
Les catastrophes nucléaires ne se limitent pas aux accidents civils. L’histoire du nucléaire est marquée par la destruction et la souffrance. En 2025, nous commémorerons les 80 ans des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki, rappelant que l’atome a d’abord été une arme de guerre. Cette année marquera également les 40 ans du sabotage du Rainbow Warrior par les services secrets français, un acte visant à empêcher Greenpeace de dénoncer les explosions nucléaires en Polynésie française.
L’histoire nous rappelle aussi que les explosions nucléaires ont détruit des vies. Greenpeace retourne à Rongelap, un atoll des îles Marshall dans le Pacifique, où Greenpeace a soutenu les communautés locales en les aidant à fuir les impacts des contaminations radioactives de leurs îles à cause des explosions nucléaires américains. Comme en Polynésie française et en Algérie, où la France a mené des explosions nucléaires sans égard pour les populations autochtones, ces explosions ont marqué à jamais des territoires et des peuples entiers, avec des maladies qui se transmettent aux nouvelles générations.
Partout dans le monde, le nucléaire est une énergie de guerre. Il suffit de regarder les liens historiques entre le nucléaire civil et le nucléaire militaire pour comprendre qu’il alimente la prolifération d’armes de destruction massive. Il est temps de sortir de cette logique dangereuse et d’investir massivement dans les énergies renouvelables, seules capables de garantir la paix et la sécurité des générations futures.
Le nucléaire n’est ni propre, ni sûr, ni pacifique. Le nucléaire est une menace latente et permanente.
– (Vie Publique)
La dissuasion nucléaire de la France : état des lieux et perspectives
La dissuasion peut-elle survivre aux innovations technologiques ? À l’accroissement de ses coûts ? Aux interrogations sur sa légitimité ? (...)
Dissuasion et innovations technologiques
Comme les autres États dotés, la France doit s’interroger quant au rôle potentiel des technologies émergentes sur la crédibilité et la pertinence de sa stratégie de dissuasion. Certains développements, par exemple les cyberattaques ou la généralisation de défenses antimissiles plus performantes, pourraient ainsi, en théorie, affaiblir la résilience et l’efficacité des forces. Ces évolutions conduisent à des réflexions sur l’adaptation des moyens mis en œuvre, y compris à l’utilisation de nouvelles technologies visant à rendre les armes plus performantes. C’est par exemple le cas des missiles dits "hypersoniques", qui seront intégrés aux capacités des forces aériennes stratégiques à l’horizon 2035.
De manière générale, la France, à l’instar des autres États dotés, est amenée à s’interroger sur "l’intégration" de son arsenal nucléaire à d’autres capacités : le terme d’"épaulement" – plus utilisé outre-Atlantique qu’en France – revient ainsi fréquemment dans les analyses stratégiques françaises et traduit la prégnance de cette problématique. Il s’agit notamment de faire en sorte que les investissements consentis pour le développement d’armes classiques, dans les domaines spatial et cyber, ou dans les systèmes défensifs, concourent à une approche plus globale de la dissuasion.
Si une réflexion s’amorce sur l’impact potentiel de ces technologies ou domaines d’affrontement nouveaux sur la dissuasion, il ne semble pas pour l’heure qu’elle soit susceptible d’amoindrir l’importance stratégique accordée par les autorités françaises à l’arme nucléaire. (...)
Légitimité et moralité de la dissuasion
Alors qu’au niveau mondial des débats sur la moralité de la dissuasion et sa compatibilité avec le droit humanitaire alimentent des mouvements de contestation de l’arme nucléaire, force est de constater que la France est probablement l’un des États dotés occidentaux où la question est le moins débattue.
Les questions nucléaires demeurent éloignées des préoccupations des électeurs français. (...)
Seuls l’extrême gauche et les Verts affichent des vues divergentes, mais aucun des deux partis n’a appelé à ce jour à un désarmement unilatéral complet, n’a fait de propositions concrètes en ce sens ou n’a placé ce sujet au centre de sa campagne. (...)
60 à 80% de la population approuvent la politique de dissuasion nucléaire. Les groupes antinucléaires commandent cependant le même type de sondages avec des résultats opposés. Ces résultats divergents illustrent le fait que les sondages d’opinion doivent être pris avec prudence lorsque l’on aborde ces sujets. Les questions peuvent être formulées de manière biaisée et le public demeure surtout généralement mal informé et disposant de peu d’éléments pour justifier ses réponses.
La société civile est en outre très peu mobilisée sur la question. (...)
À l’heure actuelle, les organisations françaises travaillant à l’abolition des armes nucléaires et à la signature par la France du traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) sont très modestes et mobilisent peu. Les groupes écologistes restent surtout focalisés sur l’utilisation civile de l’atome, les groupes pacifistes ne parviennent pas à renouveler leur base militante, les nouvelles organisations transnationales n’attirent pas un nombre important de militants et leur influence sur les prises de décision s’avère très limitée.
Intégration avec l’OTAN et "européanisation de la dissuasion"
Depuis plusieurs décennies, les présidents français déclarent publiquement que les intérêts vitaux français "ont une dimension européenne". Réitérés régulièrement et récemment par le président Macron, ces propos ont pu être à l’origine de questionnements, et de polémiques, sur l’intégration de la dissuasion française à la sécurité plus globale de l’Europe. (...)
la vocation de la dissuasion française reste d’être souveraine et autonome, ce qui exclut toute participation alliée à la mise en œuvre des capacités ou à la prise de décision d’une frappe nucléaire. Plusieurs partenaires européens, dont l’Allemagne, ont également d’ores et déjà souligné les facteurs capacitaires et politiques qui limiteraient la crédibilité d’une garantie nucléaire française continentale.
– (Le Point)
Ces quatre dangers qui font vaciller l’ordre nucléaire mondial
La croissance non régulée des arsenaux et le « prestige » conféré par cette arme à des États autoritaires font craindre une montée des menaces, explique le politologue Bruno Tertrais.
En annonçant, le 10 juillet, que leurs forces nucléaires pouvaient désormais être « coordonnées », la France et le Royaume-Uni ont fait un pas de géant dans leur coopération stratégique. Une évolution qui est la conséquence logique d’un constat fait dans la même déclaration : les deux pays « s’accordent sur le fait qu’il n’existe pas de menace extrême contre l’Europe qui ne susciterait pas de réponse de nos deux nations ».
Un véritable parapluie nucléaire conjoint ? Pas tout à fait, mais presque (...)
les deux pays ne s’engagent nullement à ouvrir automatiquement le feu nucléaire ensemble contre tout agresseur qui s’en prendrait à un pays voisin. (...)