Bandeau
mcInform@ctions
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
RFI
En Iran, le mouvement de contestation se poursuit et se concentre dans les villes de province
#Iran #manifestations
Article mis en ligne le 2 janvier 2026

Au cinquième jour du mouvement de contestation, jeudi 1er janvier 2026, au moins cinq manifestants ont été tués et une trentaine d’autres ont été blessés dans deux affrontements très violents à l’ouest du pays. Un jeune membre de la milice Bassidji, proche des Gardiens de la Révolution, a également été tué.

À Azna, dans la province du Lorestan, à l’ouest, un commissariat a été pris d’assaut à la tombée de la nuit. Selon l’agence de presse Fars, « un groupe d’émeutiers a profité d’un rassemblement de protestation pour attaquer un commissariat ». Le bâtiment, ainsi que des voitures de police, ont été incendiés. Dans des vidéos diffusées sur les réseaux, l’usage d’armes à feu par les forces de l’ordre est clairement audible.

Un peu plus tôt dans la journée, la police a également eu recours à des armes à feu dans la ville de Lordegan, à l’ouest. Toujours selon l’agence Fars, des contestataires ont « commencé à jeter des pierres sur les bâtiments administratifs dont le gouvernorat, la mosquée, la mairie et des banques ». L’agence rapporte que deux personnes y ont été tuées, semblant indiquer des civils, rapporte l’AFP.

De nombreuses vidéos ont également été partagées montrant des groupes de manifestants dans une vingtaine d’autres villes de province, informe notre correspondant à Téhéran, Siavosh Ghazi. Là encore, la police a eu recours à des tirs de gaz lacrymogène et a fait usage d’armes à feu.

Contre toute attente, la ville de Téhéran, point de départ, dimanche 28 décembre, du mouvement, est restée plutôt calme. L’agence de presse Tasnim a, en revanche, indiqué que 30 personnes ont été arrêtées dans la capitale pour « troubles à l’ordre public ». En tout, les interpellations s’élèveraient à une centaine de personnes, jaugent les médias nationaux.
Tentatives d’apaisement

Les vendredi 2 et samedi 3 janvier ont été décrétés fériés. Les autorités ont également annoncé que les cours dans toutes les universités de la capitale auront lieu à distance jusqu’au 9 janvier pour éviter des rassemblements. (...)

Dès le début du mouvement, les autorités iraniennes avaient joué l’apaisement, reconnaissant des « revendications légitimes » liées aux difficultés économiques.

Une donne qui a aujourd’hui changé. Dans une adresse alarmiste à la télévision nationale jeudi soir, le président Massoud Pzeshkian a alerté que « d’un point de vue islamique, si nous ne résolvons pas le problème des moyens de subsistance des gens, nous finirons en enfer ».

La justice a pour autant prévenu que « toute tentative » visant à transformer ce mouvement « en un outil d’insécurité, de destruction des biens publics ou de mise en œuvre de scénarios conçus à l’étranger sera inévitablement suivie d’une réponse (...) ferme ».

Lire aussi :

 (France 24)

Ce que révèlent les slogans des dernières manifestations en Iran

La vague de protestation contre la flambée des prix se poursuit en Iran. Le mouvement a débuté dimanche par une grève et des manifestations de commerçants à Téhéran, rapidement rejoints par des étudiants dans plusieurs universités. Même si l’ampleur de ces manifestations n’a pas encore atteint celles qui ont suivi la mort de Mahsa Amini en 2022, le mécontentement paraît aujourd’hui plus généralisé. (...)

Dans les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, les slogans politiques se mêlent aux revendications économiques, faisant écho à un ras-le-bol généralisé qui traverse toutes les couches de la population, comme le montre l’analyse des messages scandés ces derniers jours dans les rues du pays.

"Ni Gaza, ni le Liban, que ma vie soit sacrifiée pour l’Iran"

Entendu dans de nombreuses vidéos, ce slogan, repris par les manifestants dans les premiers jours de protestation, reflète la colère croissante contre la politique étrangère iranienne. (...)

"N’ayons pas peur, nous sommes tous ensemble !"

Dans une allée du bazar de Téhéran, une jeune femme, tenue décontractée, baskets et queue de cheval, marche en tête du cortège de commerçants au troisième jour de manifestation. Elle se retourne et harangue la foule de sa voix aiguë, le poing levé : "N’ayons pas peur ! N’ayons pas peur ! Nous sommes tous ensemble !". Slogan immédiatement repris par les hommes qui la suivent.

Sur son chemin, des regards médusés, et cette passante qui filme la scène et crie "Bravo ! Quel courage cette fille". (...)

Ce slogan entendu dans chacune des manifestations iraniennes depuis plusieurs années n’est pas nouveau. Mais la présence de cette jeune femme parmi les bazaris, et qui semblent la soutenir, illustre une convergence des luttes désormais au grand jour. Les revendications politiques du mouvement "Femme, vie, liberté" se joignent ici au mécontentement des commerçants du bazar, qui appartiennent aux couches plus religieuses et traditionnelles de la société.

D’autres slogans entendus ces derniers jours appellent au rassemblement : "Iranien, donne de la voix, et réclame tes droits !", "Ne restez pas spectateurs, rejoignez-nous !" ou encore "Quiconque se dit neutre est forcément sans honneur", scandé le 30 décembre par des étudiantes de l’université de Yazd, dans le centre du pays.

"Liberté ! Liberté ! Liberté !"

Symbole des manifestations dans les universités, ce slogan est revenu une fois de plus ces derniers jours. Sur cette vidéo datant du 30 décembre tournée à l’université de technologie Khajeh Nasir Toosi de Téhéran, on voit les étudiants battre le rythme de leurs chaussures en scandant le chant dans les couloirs. (...)

Les universités, particulièrement surveillées, restent des foyers de protestation. Lundi soir, les étudiants du dortoir de l’université de Téhéran ont organisé une manifestation, entonnant le slogan "Étudiant libre, proteste ! Proteste !". Mais les forces de sécurité ont rapidement réagi en encerclant le complexe et en bloquant les entrées. Le lendemain, des marches se sont étendues à une dizaine d’autres grandes universités de la capitale.

"Policiers ! Soutenez-nous"

"Sans honneur ! sans honneur !". À l’unisson, des étudiantes de l’université Shahid Beheshti de Téhéran s’en prennent aux forces de sécurité "venues mater le rassemblement organisé dans la nuit de mercredi à jeudi au sein de leur résidence universitaire, située dans le nord de la capitale", relate le journaliste Armin Arefi. (...)

Ces slogans accompagnent la plupart des manifestations depuis dimanche, retentissant à chaque barrage de la police anti-émeute, tir de gaz lacrymogène ou arrestation violente, comme le montre une vidéo du 31 décembre, dans laquelle un étudiant est appréhendé sous les yeux de ses camarades par des forces de sécurité en civil. (...)

Jeudi, les commerçants et vendeurs qui défilaient de nouveau à Téhéran ont commencé par insulter les forces spéciales avant de lancer cette fois : "Policiers ! Soutenez-nous !". La foule espère ainsi que certains agents se rangeront de leur côté, ce qui pourrait faire basculer le mouvement et lui donner un nouvel élan. (...)

"Cette année sera celle du sang, Seyed-Ali [Khamenei] sera renversé !"

Jeudi 1ᵉʳ janvier, à Marvdasht, près de Shiraz, de très jeunes manifestants ont lancé cette menace directe au Guide suprême, filmée dans une vidéo largement partagée. (...)

Les étudiants de l’université de Téhéran ont également scandé : "Mort au principe du Velayate Faqih !". Par ces mots, ils remettent en cause les fondements mêmes de la République islamique, dictée par l’ayatollah Khomeini sur le principe du "Velayat-e faqih", qui confère aux religieux la primauté sur le pouvoir politique et place le guide suprême, de fait, au sommet de l’État. (...)

Les slogans adressés à Ali Khamenei traduisent ainsi un rejet à la fois de la figure individuelle et du système politique qu’il incarne. (...)

Mais au‑delà des figures politiques, la majorité des manifestants exprime une aspiration plus large  : tourner la page de la République islamique et construire un futur différent, comme l’illustre ce cri :

"Nous combattons, nous mourons, mais nous reprendrons l’Iran  !"