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En Syrie, dans le crépuscule de l’autonomie kurde
#Syrie #FDS #Kurdes
Article mis en ligne le 20 février 2026
dernière modification le 17 février 2026

Après des mois de négociations avortées et d’affrontements, Damas et les forces kurdes ont signé un cessez-le-feu qui entérine la fin d’une décennie d’autonomie dans le nord-est syrien. Un tournant favorisé par le retournement d’une partie des tribus de la région.

(...) Saleh Muslim, le coprésident du Parti de l’union démocratique (PYD) assure comprendre le mécontentement des combattants. «  Nous voulions un fédéralisme ou un statut pour notre auto-administration, que nous n’avons pas pu garantir  », explique-t-il mais maintient que l’accord n’amènera «  que des changements cosmétiques  ». Le coprésident du principal parti kurde de Syrie se veut rassurant. «  L’élément crucial à nos yeux, c’est que nos troupes puissent protéger la région comprenant Hassaké, Qamichli, Derik, et celle de Kobané. Le pouvoir de Damas l’a accepté  », explique-t-il. Assis dans une salle de réunion attenante à une base militaire américaine située à la périphérie de Hassaké, il défend les acquis du cessez-le-feu. «  L’éducation a été importante pour nous, et elle le restera. Et grâce à cet accord, les diplômes délivrés dans nos régions, y compris ceux de nos universités, seront reconnus  », détaille-t-il. (...)

En ce qui concerne les points plus sensibles de l’accord, soit la gestion des ressources pétrolières et des frontières, Saleh Muslim n’est pas plus alarmiste. (...)

Deuxième point clé : le contrôle des postes-frontières. Semalka, al-Tayha, Nusaybin, et peut-être demain Kobané s’ils rouvrent l’enclave — tout devrait être géré en commun, avec des représentants de Damas et des acteurs locaux, explique-t-il. (...)

Ainsi, Saleh Muslim défend un accord d’intégration arraché aux FDS après une offensive leur ayant fait perdre près de 80% de leur territoire et la majorité de leurs ressources. Et si certains civils kurdes l’approuvent, recherchant stabilité et développement économiques, d’autres, sont terrifiés. (...)

En apparence, tout semble calme. Des dizaines d’hommes et de femmes font la file devant le centre. Et dans une ruelle adjacente, un vendeur de falafels déballe : «  La politique, c’est pour les politiciens. Et la notion de démocratie telle que vous la connaissez en Europe, ce n’est pas pour nous. Ici, c’est une autre société, une autre façon de vivre  », relève-t-il, avant de rapporter les intimidations que les FDS leur assénaient. «  Ils nous disaient que si les hommes de Damas rentraient dans le quartier, ils allaient nous tuer, violer nos femmes, brûler nos magasins  », rapporte-t-il avant de décrire la première fois où des soldats sont rentrés dans son snack. (...)

Selon lui, «  la majorité des habitants du quartier sont pauvres et ne demandent que la sécurité et le droit de vivre leur vie. Ils ne croient ni en la philosophie d’Abdullah Öcalan (fondateur historique du PKK) ni au communisme  ».

Pourtant, la situation reste extrêmement tendue. Dans le quartier, de nombreux habitants déclinent toute interview, les regards sont fuyants, la peur est perceptible. Des hommes dépêchés par un responsable des renseignements nous ont filé toute la journée. (...)

Le sentiment de trahison des kurdes envers les tribus se retrouvent dans toute la région du nord-est syrien. Mais celles-ci s’en défendent et justifient leur retournement d’alliance par le traitement que leur infligeaient les FDS. (...)

Les quatorze ans de guerres précédés de dizaines d’années de dictature ont superposé les blessures et les rancœurs. Et cette offensive, si elle permet à Damas de reprendre le contrôle sur une grosse partie de son territoire, a créé son lot de fractures. Une fois de plus, des centaines de milliers de personnes ont été déplacées. Celles-ci survivent dans des abris précaires, sans ressources, ne sachant pas si elles pourront rentrer chez elles. Mais un élément inquiète particulièrement. L’organisation de l’État islamique, qui retrouve aujourd’hui un regain de popularité auprès de certaines populations, multiplie les attaques ces derniers mois. (...)