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États-Unis : « Le mécontentement grandissant contre Trump ne profite pas du tout aux Démocrates »
#USA #ICE #Trump #Minneapolis #Resistance #solidarites
Article mis en ligne le 3 février 2026
dernière modification le 31 janvier 2026

Depuis des semaines, Minneapolis se soulève contre la police de l’immigration ICE qui a tué deux personnes dans la ville. Cette mobilisation peut-elle cristalliser l’opposition à la dérive autoritaire de Trump ? Réponse avec Clément Petitjean.

Le mouvement est largement soutenu par de nombreuses organisations syndicales, des institutions religieuses et des associations. Des personnes qui n’appartiennent à aucune organisation se mobilisent également. Minneapolis, c’est la ville où George Floyd a été tué par le policier Derek Chauvin en mai 2020. C’était l’épicentre du renouveau du mouvement Black Lives Matter à la fin du premier mandat de Donald Trump. Des réseaux militants qui se sont constitués à ce moment-là ont été réactivés ces derniers temps.

Pourquoi la mobilisation contre la police fédérale de l’immigration ICE a-t-elle pris de l’ampleur justement à Minneapolis ?

Les premiers raids massifs d’ICE et de la police des frontières, la Customs and Border Patrol, ou CBP, ont commencé à Los Angeles en juin. Ensuite, une opération d’ampleur a eu lieu à Chicago, début octobre, et a duré plusieurs mois. Des opérations similaires se sont déroulées dans d’autres villes : Portland, Philadelphie, la Nouvelle-Orléans, Memphis.

Ce sont toutes des villes démocrates dont les maires, voire les gouverneurs des États dans lesquels sont situées ces villes, ont pris position contre la politique migratoire de Trump. Ces opérations représentent donc une forme de représailles. (...)

C’est une mobilisation extrêmement diverse. Des gens pas forcément très politisés vont s’investir, y compris, par exemple, dans les banlieues plutôt cossues autour de Chicago. Des mères de famille blanches de classe moyenne patrouillent dans leur quartier pour repérer s’il y a des voitures d’ICE et alors alerter pour empêcher le plus possible les arrestations – soit en invitant les gens visés à rester chez eux, ou, en cas d’action en cours, en utilisant des sifflets pour faire venir le maximum de personnes et dissuader ICE d’intervenir.

Ce sont des modes d’action non violents, comme le fait de filmer les arrestations pour garder des traces. Ce qui a permis, dans le cas des meurtres de Renée Goud et d’Alex Pretti, d’avoir des documents qui montrent que ce que raconte l’administration fédérale est faux. (...)

les manifestations No Kings sont des rassemblements classiques, ponctuels, à un endroit donné avec des prises de parole. Alors que les mobilisations citoyennes contre ICE relèvent plus d’une confrontation directe non violente avec les forces de l’ordre.

Et avec toute la dimension d’aide mutuelle qu’on ne retrouvait pas dans No Kings, elles peuvent concerner plus de gens, qui voient par exemple que leurs voisins ne sortent plus car ils sont terrorisés à l’idée d’être embarqués, ou qu’il y a des copains d’école de leurs enfants qui sont absents pour les mêmes raisons… (...)

Pendant ce temps, que fait le Parti démocrate ?

Déjà, il faudrait savoir ce qu’on entend exactement par Parti démocrate. Dans le champ politique états-unien, il y a de grandes disparités idéologiques entre différents élus démocrates. Il n’existe pas de réelle colonne vertébrale politique derrière le parti.

Au Congrès, que ce soit à la Chambre des représentants ou au Sénat, les Démocrates sont minoritaires. Leurs capacités d’action sont limitées. Par exemple, en ce moment, il y a une proposition en discussion au Congrès pour destituer la cheffe du département de la sécurité intérieure.

Mais il faut une majorité des deux tiers pour le faire. Les chances sont donc très faibles d’y parvenir. Si on est un peu cynique, on peut se dire que c’est une manière pour certains élus démocrates de dire « regardez, on fait quelque chose », en sachant bien que cela n’aboutira pas. (...)

dans les sondages, le mécontentement grandissant contre Trump ne profite pas du tout aux Démocrates. Le problème du Parti démocrate, c’est qu’il n’a pas de projet politique qui permettrait de susciter une adhésion sincère et enthousiaste, à part dire « on est anti-Trump ».

Le parti n’a pas de vision en positif de ce qui permettrait d’améliorer la vie des gens à l’échelle nationale. Même si à l’échelle locale, par exemple dans la campagne qu’a menée Zohran Mamdani à New York, la question de l’« affordability », donc du coût de la vie, a vraisemblablement permis de mobiliser assez largement.

Par ailleurs, les leçons des échecs de 2016 et encore plus de 2024 n’ont pas été tirées. On n’a pas vu de remise en cause fondamentale au sein du parti. Parce que ça nécessiterait de détricoter le virage néo-libéral impulsé dans les années 1980, puis au moment de la présidence Clinton dans les années 1990, en termes de privatisation, de soutien aux classes moyennes supérieures et supérieures d’un parti qui s’est assez largement détourné des classes populaires. (...)

Il y a, évidemment, des démocrates qui voient les choses autrement, comme le nouveau maire de New York Zohran Mamdani. Ou comme les élus Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez, qui ont organisé l’an dernier la tournée politique « Combattre l’oligarchie », pour porter une dynamique populaire sur les questions de répartition des richesses et d’accaparement du pouvoir économique et politique.

Sanders dit que, pour lutter contre le trumpisme et pour proposer autre chose au peuple américain, il faut questionner la place de l’argent dans la politique et au sein du Parti démocrate. Qu’il faut replacer au cœur des revendications les questions économiques et de protection sociale, par exemple de couverture santé.

Ce discours existe médiatiquement, dans des rassemblements, dans une organisation comme Democratic Socialists for America, dont fait partie Mamdani et qui compte environ 100 000 adhérents. Mais ce n’est pas beaucoup dans un pays comme les États-Unis. Ce n’est pas une organisation politique qui a les moyens matériels et symboliques de ses ambitions. (...)

La seule certitude aujourd’hui, c’est qu’on n’en a plus. On peut ceci dit regarder du côté du secteur syndical, qui se remobilise depuis la grande grève victorieuse lancée dans l’automobile en 2023, et qui pourrait jouer un rôle croissant. (...)