Si l’usage du phosphore blanc est autorisé pour des objectifs militaires, il est "interdit en toutes circonstances" contre des populations civiles.
Après l’attaque sanglante du Hamas contre Israël, la contre-offensive. Depuis le début de sa riposte, l’armée israélienne a annoncé sur X (anciennement Twitter) avoir largué environ 6 000 bombes "sur des cibles du Hamas" situées dans la bande de Gaza. Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes accusent les forces israéliennes d’avoir employé du phosphore blanc, produit chimique incendiaire, lors de bombardements sur le port de Gaza survenus mercredi 11 octobre. (...)
(...) Franceinfo a analysé une dizaine d’images et interrogé plusieurs experts en explosifs, et est arrivé à la conclusion que ces allégations étaient vérifiées. (...)
Un produit chimique dévastateur pour l’organisme (...)
Un usage détourné de son objectif militaire initial (...)
Un constat également partagé par un autre expert agréé par la justice, contacté par franceinfo. "C’est effectivement du phosphore blanc, qui brûle au contact de l’oxygène de l’air", constate le militaire*, spécialisé dans la dépollution pyrotechnique. Sur les photos de l’AFP, l’arme à sous-munitions semble avoir été détournée de son usage initial, à savoir créer un rideau de fumée proche du sol, ou encore éclairer le champ de bataille. "Il y a eu le même type de détournement dans le conflit russo-ukrainien", illustre l’expert.
"Il n’y a aucune raison tactique et militaire pouvant justifier de l’usage de cette munition dans un environnement urbain. On pourrait suggérer que cette arme est juste utilisée à des fins de destruction et de terreur", estime Chris Cobb-Smith, expert en balistique et directeur du Chiron Resources, une société britannique de conseil en sécurité à destination des médias. Après avoir pris connaissance des contenus vérifiés par franceinfo, ce spécialiste confirme avoir reconnu du phosphore blanc. (...)
Un usage interdit sur les civils
Les bombes au phosphore blanc ne sont pas totalement interdites par les traités internationaux. Considérées comme des armes incendiaires, ces armes sont régulées par le protocole III de la Convention sur certaines armes classiques de décembre 1983. Si leur usage est autorisé pour des objectifs militaires, celui-ci est "interdit en toutes circonstances" contre des populations civiles, et même contre des cibles militaires proches de civils. En 2009, Israël avait d’ailleurs admis s’en être servi lors d’une offensive visant le Hamas dans la bande de Gaza, mais pas à l’intérieur de zones d’habitation.
Le protocole international autorise en outre l’usage du phosphore blanc pour ses propriétés fumigènes ou bien éclairantes. Des exceptions qui constituent des "lacunes majeures" aux yeux de Human Rights Watch.
L’usage en plein jour de ces bombes sur le port de Gaza, une zone résidentielle, pose donc question. "Les obus à phosphore blanc sont tirés avec une fusée à explosion, ce qui garantit la répartition des fragments de phosphore blanc sur une vaste zone. Cela implique qu’ils sont utilisés comme une arme de zone, et qu’ils ne sont pas dirigés contre une cible spécifique. Il existe donc une probabilité de dommages collatéraux", relève Chris Cobb-Smith. Il est donc très probable que l’armée israélienne ait mis en danger des populations civiles en utilisant du phosphore blanc à Gaza mercredi.
Selon Human Rights Watch, Tsahal s’était pourtant engagé en 2013 à ne plus en faire l’usage dans des zones peuplées, sauf dans deux cas exceptionnels qui n’ont pas été exposés au grand public. Cette promesse répondait à une requête déposée devant la Haute Cour de Justice d’Israël. Tsahal a ensuite déclaré développer de nouveaux obus fumigènes, sans phosphore blanc, se réservant le droit de s’en servir jusqu’à disposer d’alternatives suffisantes. Contacté par franceinfo au sujet des récents bombardements à Gaza, le service presse de l’armée israélienne n’a pas répondu.