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Marie-Claude Saliceti
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Getting the Voice Out
“Ils sont venus me faire une piqûre de force “ - Témoignage audio depuis un centre fermé
#migrants #immigration #PaysBas #enfermement #maltraitance
Article mis en ligne le 3 août 2024

Un homme se trouve dans un centre de détention depuis plusieurs mois et souhaite dénoncer la violence systémique qui y règne par le biais d’un enregistrement audio.

Depuis que je suis venu au centre fermé ici, je suis venu il y a cinq jours, je suis resté calme. Je voulais qu’ils m’envoient dans une bonne équipe où je pourrais rester tranquille mais ils n’ont pas voulu du fait de la discrimination ici. Je suis venu, j’ai reçu cinq jours tranquille.

Quand on m’a appris que je suis maintenant en prison, j’ai commencé à crier, à insulter tout le monde. Après quelques temps ils m’ont pris, ils m’ont envoyé en isolement. Après ils m’ont piqué, ils m’ont fait une piqûre. Ils sont venus me piquer avec 7, 8 personnes. Ils m’ont piqué. Ils m’ont piqué avec la force. Ils m’ont donné des claques, des gifles. Ils m’ont pas beaucoup frappé mais ils m’ont pas raté aussi, parce qu’ils m’ont frappé un peu puis ils m’ont piqué. Ils ont couru, ils sont sortis, ils m’ont laissé là–bas tout seul. Après je suis resté là–bas, ça fait longtemps ils m’ont rien emmené à manger, rien du tout. Après lorsqu‘ils ont su que j’étais intelligent un peu, j’ai commencé à raconter, à expliquer à tout le monde, jusqu’à ce qu’ils sachent ce qu’ils ont fait. Après ils m’ont emmené dans un centre normal où je peux rester tranquille. Mais toujours ça n’allait pas car ils m’ont obligé à prendre des médicaments, que je voulais pas les prendre. Ils me les donnent pour que j’oublie ce qu’ils m’ont fait.

Mais toujours je n’arrive pas à oublier (...)

Du coup, tout ça je voulais expliquer, en plus pour le fait qu’ils m’ont piqué, je voulais porter plainte. Jusqu’à ce que… parce qu’ici c’est néerlandais, je comprends pas le néérlandais.

Ils m’ont fait signer des papiers que je sais pas du tout pour que je rentre chez moi j’ai dit “ok y’a pas de souci“, je rentre chez moi, c’est pas chez quelqu’un. Quand je rentre là–bas, j’ai plein d’avenir au lieu de rester ici et de devenir fou ou de faire n’importe quoi ici que je veux pas, que j’ai pas envie de faire. Vaut mieux qu’ils me ramènent chez moi pour pas me garder très longtemps.

Mais toujours, ça continue à me garder ici, ça me garde ici. Quand j’ai envie de parler de quelque chose, personne ne m’écoute. Ils me laissent que dans ma cellule. C’est moi qui suis en train de tout forcer pour rentrer chez moi. Parce que eux, tout ce qu’ils veulent, c’est me garder ici des mois ou des années pour que je devienne fou.

Je pète les plombs, j’ai pas envie de péter les plombs, j’ai plein d’avenir, pleins de rêves devant moi. (...)

J’ai plein de choses à faire dans ma vie. Tout ce qu’ils ont fait c’est d’écrire ce qu’ils veulent sur le document pour me garder ici très longtemps. Ils croient que c’est vrai alors que ça ne l’est pas. Ils peuvent me garder ici autant qu’ils veulent. Quand je demande “ouais vous avez signé avec l’ambassade ?”. Ils me disent non, ils me racontent ce qu’ils veulent. Ils te disent pas clairement ce qui se passe. Tout ça c’est pas aimable, c’est pas facile à vivre […]

C’est pour ça que j’ai décidé de témoigner. pour parler de ce qu’ils m’ont fait, et de ce qu’ils continuent de faire toujours.