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Marie-Claude Saliceti
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Telerama
la double peine des femmes noires
Article mis en ligne le 13 janvier 2021

Liv, youtubeuse qui compte 600 000 abonnés sur sa chaîne, a constaté que les propositions qu’elle recevait des marques étaient largement sous-évaluées.

De plus en plus d’influenceuses noires dénoncent ces discriminations. Parmi les différences de traitement, beaucoup pointent du doigt les offres au rabais et les nombreux partenariats non rémunérés que leur proposent les marques. (...)

Comment expliquer une telle différence de traitement ? « Les marques ne sont pas ouvertement racistes, c’est très insidieux, analyse A.I.M. Il y a d’abord le cliché selon lequel les Noires n’achètent pas. Ensuite, notre société a tendance à ériger le blanc en neutre. Les marques favorisent donc les métisses, qui sont “presque blanches”. Pour les annonceurs, prendre une femme noire est un parti pris, un acte militant qui fait peur. » Dans un univers YouTube majoritairement blanc et apolitique, la figure de la femme noire détonne. « C’est la double peine, résume-t-elle. On est critiquée gratuitement en tant que femme, mais on subit aussi le racisme et la misogynoir [contraction de “misogynie” et “noir” qui désigne les attaques spécifiques envers les femmes noires, ndlr]. Trois boulets qui découragent. » (...)

Isolées, souvent peu sensibilisées à ces questions et tenaillées par un sentiment d’illégitimité, les vidéastes peinent à détecter ces abus. Le métier est trop récent pour que les nouveaux arrivants sachent monétiser leur valeur et la revendiquent auprès des entreprises. (...)

Adesuwa Ajayi, responsable des talents seniors et partenariats à l’agence britannique AGM Talent, a décidé de combattre ce manque de transparence. Après des années à travailler dans le monde de l’influence, la Londonienne lance en juillet 2020 le compte Instagram @influencerpaygap pour relayer les témoignages des influenceurs issus de minorités. (...)

Grâce à ce type d’initiatives et de témoignages, la situation évolue, mais encore bien lentement. YouTube a annoncé, en juin dernier, en pleine explosion du mouvement Black Lives Matter, vouloir investir 100 millions de dollars pour « amplifier » la voix des créateurs noirs. Une manière de répondre à une action en justice lancée au même moment par un groupe de youtubeurs afro-américains auprès de la Cour fédérale californienne pour éclairer la suppression inexpliquée de certains de leurs contenus et, plus généralement, « réparer les discriminations raciales [...] perpétrées par YouTube ». En cause : le système de régulation des mots-clés associés aux vidéos. (...)

Chez les marques aussi, l’actualité entraîne une prise de conscience. Elles tentent d’être plus inclusives – même si ce n’est parfois qu’en surface. (...)