Nous voyons ce qui est en train de se passer et nous ne sommes pas décidés à laisser faire. Une formation politique institutionnelle, de premier plan, la seule au surplus qui puisse mériter sans réserve d’être dite de gauche – et non d’extrême-gauche comme le voudraient les misérables manœuvres du ministre de l’intérieur –, cette formation politique, La France insoumise (LFI), est assiégée de toute part, comme jamais aucune ne l’a été. Seule contre tous, elle fait face à ce qui ressemble fort à une entreprise d’éradication pure et simple. Entre les calculs des uns — le président de la république qui fantasme son retour en 2032 après avoir livré le pays au RN, le parti socialiste et ses satellites qui se réjouissent de l’aubaine — et la simple haine des autres, une alliance objective s’est formée contre elle. Avec, ce qui est beaucoup plus grave pour la démocratie, le concours, par complicité ou par inconscience, de la quasi-totalité du champ médiatique.
(...) la malhonnêteté, le mensonge, la déformation éhontée, l’invention pure et simple, comme ce à quoi s’est livré un ministre de la république à propos de Francesca Albanese, se sont emparées de la quasi-totalité du commentaire, politique et médiatique, visiblement sans que personne ne mesure la ruine des conditions de possibilité d’un débat a minima « démocratique ». A peine voit-on, de-ci, de-là, surnager des miettes de vérité factuelle, mais aussitôt annulées ou contrariées par des journalistes de plateau qui ne sont plus que les animateurs d’une campagne. Des titres des plus établis sont emportés et, suprême indignité, jusqu’au service public audiovisuel. Rien ne résiste, tout et tous se sont alignés dans la détestation d’une formation politique et, de cela, il faudra bien faire l’analyse tôt ou tard. Le pire étant que, concurremment, le réel péril, le péril fasciste puisqu’il n’est plus du tout exagéré de l’appeler ainsi, est systématiquement minoré ou occulté, les images qui pourraient frapper les esprits et leur faire prendre conscience, jamais montrées. (...)
Nous voyons, dans ces conditions, qu’il n’y a plus aucune contre-force institutionnelle, quelle qu’en soit la nature, capable de s’opposer à ce qui est en train d’advenir. Hormis La France insoumise. Qu’il s’agit donc d’isoler jusqu’à disparition.
Mais LFI n’est pas seule — ou elle ne l’est que dans le champ institutionnel. Et le champ institutionnel n’est pas tout le pays, il s’en faut même de beaucoup. Derrière des institutions en état de faillite intellectuelle, morale et politique, il y a des gens, des masses — un peuple si l’on veut. Furieux de la trahison des médiateurs, scandalisé de la course aveugle et unanime au pire, où se précipitent toutes les forces de la « représentation », devenues, masques tombés, gardiennes d’un ordre social, ne s’interdisant plus aucun moyen. (...)
Nous n’avons aucun pouvoir de mobilisation, nous n’avons que celui d’en appeler à qui est capable d’appeler — à toutes les organisations, au-delà bien sûr de la principale intéressée, en pensant spécialement, mais pas seulement, aux organisations syndicales. Nous leur disons ceci : il est impossible que vous ne mesuriez pas la gravité de ce qui se passe, qu’il y va de votre intérêt vitalement bien compris de vous lever, si c’est au côté d’une formation avec laquelle vous avez pu avoir des différends. Vous le devez parce que vous vous devez à nous. Nous sommes vos bases et, ultimement, vous nous répondez. La gauche existe. Elle ne se laissera pas annuler. Mais la condition pour ce faire est de sortir les gens de leur déréliction et de leur impuissance, où les plonge de vivre isolément des choses terribles. Vous devez manifester le collectif, et que nous sommes le collectif. (...)
Vous êtes des organisations, alors organisez !
Signataires :
Pascale Gillot, philosophe
Frédéric Lordon, philosophe
Laurent Binet, auteur
Mona Chollet, autrice
Annie Ernaux, autrice
Éric Fassin, sociologue
Geoffroy de Lagasnerie, philosophe
Sandra Lucbert, autrice
Éric Vuillard, auteur