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Marie-Claude Saliceti
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« La grande mécanique » : ce que cache la « crise migratoire »
#migrants #immigration #refugies
Article mis en ligne le 24 avril 2026
dernière modification le 20 avril 2026

Les images défilent sur nos écrans, presque sans interruption. Embarcations surchargées au large de la Méditerranée, silhouettes épuisées franchissant le Rio Grande, tentes battues par le vent à Calais. À chaque crise, le même récit ressurgit, simplifié à l’extrême, celui d’un monde occidental assiégé par « les migrants ». Et, avec lui, une mécanique politique et médiatique bien rodée, qui transforme des trajectoires humaines en épouvantail.

C’est précisément ce système que dissèque La grande mécanique. Dans cette bédé documentaire percutante, Anne-Marie Saint-Cerny et Djibril Morissette-Phan ne se contentent pas de raconter les migrations, ils en révèlent les rouages comme on démonterait une machine pour en exposer la logique interne, froide, méthodique, implacable. À la croisée de l’enquête de terrain et d’une écriture visuelle saisissante, l’ouvrage met à nu une réalité largement méconnue, trop souvent déformée par les clichés.

Depuis une décennie, une formule s’impose dans le débat public, répétée jusqu’à l’usure. « C’est la faute aux migrants. » Elle circule, se décline, se radicalise. Mais que recouvre-t-elle réellement ? (...)

Autrice, recherchiste et militante, elle a passé près de quatre ans à arpenter les zones de rupture où se joue concrètement la question migratoire. (...)

Loin du récit linéaire, l’album déploie une véritable grille de lecture. Trois murs structurent ce qu’elle nomme la « mécanique » : celui des pays de départ, où les politiques d’externalisation maintiennent les migrants à distance ; celui des pays de transit, où des régimes autoritaires sont rémunérés pour contenir les flux ; et enfin le mur administratif, « un mur de papier total », qui permet de refouler les migrants en toute légalité apparente.

Ce dispositif, la bande dessinée le rend visible, presque palpable. (...)

Des vies réduites à des flux

Au cœur de l’opus, une idée émerge peu à peu, celle d’une déshumanisation qui ne relèverait pas de la dérive, mais d’un processus. « Quand on parle de “small boats” en Angleterre, on transforme des êtres humains en objets, analyse l’autrice. On ne parle plus de personnes, mais de choses qu’on peut déplacer, renvoyer ou jeter. » (...)