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La loi Lamine-Guèye : il y a 80 ans, les "indigènes" des colonies françaises devenaient citoyens
#colonisation #Histoire #France #citoyennete
Article mis en ligne le 7 mai 2026

Il y a 80 ans, le 7 mai 1946, la loi Lamine Guèye était promulguée. Portée par le maire de Dakar et député socialiste Lamine Guèye, elle proclamait citoyens français tous les ressortissants des "territoires d’outre-mer", la nouvelle dénomination des colonies françaises en Afrique. Nombre d’historiens sénégalais rappellent que, dans les faits, son exécution a été limitée.

(...) "À partir du 1er juin 1946, tous les ressortissants des territoires d’outre-mer (Algérie comprise) ont la qualité de citoyen, au même titre que les nationaux français de la métropole et des territoires d’outre-mer". (...)

"Elle met fin au Code de l’Indigénat, en place depuis 1881 et appliqué à l’ensemble de ses possessions en 1887. Il s’agissait d’un droit qui ne s’exerçait que dans les possessions françaises, un régime disciplinaire, d’exception imposé aux sujets réfractaires à la ’civilisation’ qu’il fallait châtier, punir en leur rappelant que les Français étaient les maîtres. Avec cette nouvelle loi, tous les ressortissants des territoires d’outre-mer (Afrique noire, Madagascar, Algérie, etc.) possèdent désormais la qualité de citoyen, au même titre que les nationaux de la métropole", décrit le professeur Ndiouga Benga, maître de conférence en histoire contemporaine à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. (...)

Quand les "colonies" font place aux "territoires d’outre-mer" (...)

cette loi tire son nom de son initiateur, Amadou Lamine Guèye, alors maire de Dakar et député socialiste (SFIO) de Sénégal-Mauritanie à l’Assemblée nationale constituante. C’est lui qui a permis de la faire adopter par l’Assemblée constituante le 25 avril 1946. (...)

"Une forme de citoyenneté impériale"

Pourtant, dans les faits, la loi de 1946 qui porte son nom, même si elle permet de doubler le nombre de citoyens français, ne se révèle pas si égalitaire. (...) tous étaient citoyens, mais ces citoyens, selon leur origine, étaient régis par un droit privé différent. (...)

Pour Ndiouga Benga, cette hiérarchie a "ainsi été maintenue pendant de longues années". Seuls les Français métropolitains disposaient de la plénitude des droits civils et politiques. "Il faudra attendre la Loi-cadre Defferre de 1956 pour que le suffrage universel et le collège électoral unique soient pleinement instaurés", ajoute le professeur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. (...)

Le 28 septembre 1958, 11 colonies d’Afrique subsaharienne (et Madagascar) acceptent la nouvelle Constitution et intègrent la Communauté. Mais cette autonomie est rapidement remise en question. Au cours de l’année 1960, tous les pays d’Afrique subsaharienne colonisés par la France accèdent à l’indépendance. (...)


credit image : AnonymousUnknown author (Keystone-France), Public domain, via Wikimedia Commons