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RFI
Livreurs à vélo en France : des travailleurs asservis par les plates-formes, dénonce Médecins du monde
#livreursaVelo #exploitation #discrimination #migrants #MedecinsduMonde
Article mis en ligne le 4 avril 2026
dernière modification le 1er avril 2026

Journées entières passées sur leur vélo, discriminations, accidents de la route : c’est le quotidien des livreurs à vélo, bien souvent étrangers, vivant en France, qui touchent en moyenne un salaire brut mensuel de 1 480 euros. Une enquête de Médecins du monde, menée en 2025 auprès de 1 000 livreurs à Paris et Bordeaux, dresse un constat alarmant sur leurs difficiles conditions de travail et leur vulnérabilité face aux plates-formes Uber, Deliveroo ou Stuart.

Exploités, discriminés, épuisés, les livreurs à vélo en France travaillent jusqu’à l’épuisement pour des salaires de misère. C’est une enquête de Médecins du monde, réalisée avec l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et l’Institut national d’études démographiques (Ined), qui révèle l’ampleur du scandale déjà documenté grâce au film L’histoire de Souleymane, sorti en 2024, réalisé par Boris Lojkine. (...)

Une main-d’œuvre étrangère

« Les livreurs sont à 98% des personnes immigrées (nées étrangères à l’étranger et résidant en France), 68% n’ont pas de titre de séjour et 76% sont contraints de louer un compte à une personne tierce », chiffre l’ONG.

Les livreurs à vélo interrogés rapportent des conditions de travail marquées par des discriminations liées à leurs origines étrangères. Six livreurs sur dix disent avoir déjà subi des agressions verbales, un quart d’entre eux des agressions physiques, mais également du chantage et des menaces de signalement pour ceux qui, sans papiers, louent les comptes d’autres travailleurs – une pratique illégale mais courante, et qui bien souvent les met encore plus en situation difficile, les sommes dues n’étant pas systématiquement versées.

En travaillant en moyenne 63 heures hebdomadaires, ils sont donc très exposés aux accidents de la route, et voient leur santé mise à mal avec, par exemple, des douleurs au dos, aux épaules, aux poignets, aux mains, aux genoux, des troubles urinaires en raison d’un manque d’accès aux toilettes, mais aussi une fatigue chronique, de l’anxiété, et des dépressions.

« Souvent, les livreurs sont contraints d’attendre à l’extérieur. Ils ne peuvent pas rentrer dans les lieux de livraison. Ils n’ont pas accès aux sanitaires. Ils sont aussi sur leur vélo de nombreuses heures. Tout cela va avoir une incidence sur tout ce qui est troubles génito-urinaires », détaille Séverine Beyer, référente « santé-environnement » pour Médecins du monde.

Pourtant, seuls 68% des livreurs ont une couverture santé, et beaucoup renoncent aux soins à cause de « problèmes de papiers » ou pour des raisons économiques, déplore Médecins du monde. (...)

Un sentiment de surveillance permanente

Malgré leur statut de travailleurs indépendants, les livreurs sont en réalité pris dans un étau : les plates-formes, via leurs algorithmes, créent une forte subordination, une loi du plus fort. Résultat : certains livreurs se mettent à rêver la nuit de l’application, signe d’une hyper-dépendance à l’algorithme des plates-formes. Une pression constante qui mène à l’épuisement. (...)

 consulter l’étude sur le site de Médecins du Monde :
État de santé des livreurs des plateformes : une étude inédite révèle des chiffres alarmants

Cette étude SANTÉ-COURSE est la première à documenter à grande échelle l’état de santé et les conditions de vie et de travail des livreurs en France. Elle révèle un état de santé largement dégradé par des conditions d’exercices indignes. Médecins du Monde, la Maison des Livreurs de Bordeaux et la Maison des Coursiers de Paris réclament que les pouvoirs publics prennent des mesures pour contrer les effets de l’ubérisation sur les conditions de travail et la santé des livreurs.

L’enquête, réalisée auprès de plus de 1 000 livreurs à Paris et à Bordeaux, est le fruit d’un partenariat entre des acteurs associatifs (l’Association de mobilisation et d’accompagnement des livreurs, le Collectif pour l’insertion et l’émancipation des livreurs, la Maison des livreurs de Bordeaux, la Maison des coursiers de Paris et Médecins du Monde), une équipe de recherche interdisciplinaire (l’Institut de recherche pour le développement et l’Institut national d’études démographiques) et des livreurs.

L’étude dévoile une situation médico-sociale alarmante, étroitement liée à une mise en précarité administrative et socio-économique des livreurs et au dévoiement du statut d’auto-entrepreneur. (...)