Jeudi 7 mai, l’Assemblée national ont approuvé le projet de loi actualisant la programmation militaire, qui prévoit 36 milliards d’euros supplémentaires pour l’armée. En pleine guerre au Moyen Orient, l’impérialisme français confirme sa dynamique de militarisation accélérée.
Votée en 2023, la loi programmation militaire (LPM) 2024-2030 prévoyait déjà 413 milliards d’euros de dépenses militaires dans un contexte où la guerre en Ukraine a représenté un déclencheur de cette course à la militarisation, la « menace russe » servant de principal argument de légitimation. Cette loi s’inscrit dans une volonté de montée en puissance de l’impérialisme français et de son armée, avec un doublement de son budget entre 2017 et 2027, qui passe d’environ 32 à 63 milliards par an. (...)
Dans ce cadre, Macron avait annoncé dès le 15 janvier cette augmentation colossale, avant que Lecornu annonce le 25 mars la dépense de 8,5 milliards supplémentaires pour les munitions. (...)
L’actualisation de la loi marque également un cap dans la volonté d’embrigadement de la jeunesse, avec la « Journée de défense et citoyenneté » transformée en « Journée de mobilisation », qui voudrait « sensibiliser aux activités militaires », faire passer un questionnaire sur la disponibilité et la motivation à s’engager et une déclaration de compétences utiles à la défense. Comme si cela n’était pas assez, le nouveau « service national volontaire », opérationnel dès l’été 2026, prévoit 10 mois de service militaire pour les 18-25 ans, sur le territoire national, et se voit dédié un budget de 2,3 milliards. Tout cela dans un projet d’encadrement idéologique de la jeunesse, pour « renforcer le pacte armée-nation », comme l’expliquait Macron en novembre 2025.
En plus des 36 milliards supplémentaires, l’actualisation de la LPM crée un état d’exception préventif, intitulé « état d’alerte de sécurité nationale », activable par simple décret, qui permet au gouvernement de suspendre des pans entiers du droit (environnement, urbanisme, temps de travail) et de réquisitionner les travailleurs civils, s’ajoutant à des mesures de surveillance renforcée et d’encadrement des agents du renseignement.
Lors du vote du 7 mai, l’ensemble du « socle commun » a voté pour, tandis que le RN et le PS se sont abstenus. Le RN, par la voix de Laurent Jacobelli, a surtout reproché à Macron de vouloir « forcer la main » du futur président de 2027, qui « refera une loi de programmation » à son image, sans évidemment remettre nullement en question la logique de réarmement. Le PS ? (...)
Du côté de LFI, les insoumis ont été le seul groupe à voter contre. Mais si Bastien Lachaud a dénoncé une loi qui « entraîne notre pays dans la spirale de l’escalade », il a surtout insisté sur un texte « mal pensé », « mal ficelé », qui « fragilise notre défense nationale ». Dans le même temps, il a affirmé que la loi de 2023 « n’avait pas les moyens de ses ambitions », qualifiant l’augmentation annoncée de « simple rattrapage budgétaire ». Un positionnement qui montre que, davantage que l’augmentation des dépenses militaires en elle-même, c’est surtout l’orientation stratégique du gouvernement — accusée d’aligner la France « sur les diktats de Donald Trump » — qui est mise en cause. (...)
Ce vote montre que la dynamique de militarisation est plus qu’enclenchée, et elle est largement partagée au sein de l’Assemblée. Elle illustre qu’encore une fois la volonté de l’État et des classes dominantes de faire de la dépense militaire la priorité absolue, dans un contexte de coupes des services publics, d’inflation et de précarisation de la jeunesse, des travailleurs et des classes populaires. Face à la militarisation en marche, qui vont nourrir les guerres impérialistes, la mobilisation des lycéens allemands par milliers contre le service militaire montre qu’une autre réponse est possible. (...)