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Municipales : face au risque RN, les mobilisations se multiplient
#electionsmunicipales
Article mis en ligne le 7 février 2026
dernière modification le 5 février 2026

Le Rassemblement national mise sur la conquête de dizaines de villes dans le cadre des municipales de mars. Une perspective inimaginable pour de nombreux collectifs citoyens, associations, syndicats et mouvements de gauche mobilisés.

« Avant décembre, on n’identifiait pas forcément Marseille comme pouvant basculer vers le RN. » Les choses ont changé depuis. Floraine Jullian, porte-parole de Victoires populaires, un mouvement citoyen de gauche qui souhaite valoriser la justice sociale, l’écologie et le renouveau démocratique, voit aujourd’hui un risque. (...)

Cette fois-ci, le Rassemblement national espère l’emporter dans « plusieurs dizaines de communes », aux dires de son président Jordan Bardella. Il y a six ans, il n’en n’avait conquises ou conservées qu’une quinzaine, sous l’étiquette du RN ou avec le soutien du parti d’extrême droite. Cette année, le RN entend renforcer son implantation locale, mais aussi se constituer un vivier d’élus.

Un enjeu stratégique en vue des élections sénatoriales de septembre, au cours desquelles la moitié des sièges seront renouvelés par les grands électeurs – principalement des conseillers municipaux. Ces sénatoriales pourraient permettre au parti de former pour la première fois un groupe au Sénat.

Inquiétude dans de nombreuses villes

Les prétentions affichées par le RN suscitent l’inquiétude dans de nombreuses villes où l’extrême droite a réalisé des scores importants aux législatives de juin 2024. C’est le cas de Sète (45 000 habitants), dans l’Hérault. Dans cette ville, un collectif s’est constitué en 2024 pour lutter contre l’extrême droite. Il rassemble une trentaine d’associations, de syndicats, de partis politiques et des citoyens. (...)

Pour le collectif local, il s’agit de mener « un combat à long terme pour réduire les idées d’extrême droite qui sont bien ancrées dans une partie de la population », (...)

À cette fin, un journal a vu le jour : La Vigie. Tiré à 2000 exemplaires et vendu sur les marchés, il propose de « dire les faits et les méfaits de l’extrême droite au plus près de nous, à commencer par notre député » (...)

Nous allons expliquer comment cela se passe dans des villes RN comme Beaucaire, Perpignan ou Béziers pour répondre aux gens qui disent “on ne les a jamais essayés”. Nous allons dénoncer leur imposture sociale en montrant comment ils mentent aux gens entre ce qu’ils disent et ce qu’ils votent », annonce Daniel.
Promouvoir l’inscription sur les listes

À 500 kilomètres de là, en Gironde, c’est la commune de Blaye (5000 habitants) qui semble la plus menacée par le vote pour l’extrême droite. (...)

De façon unitaire, « nous avons proposé des réunions de secteurs pour nos adhérents et adhérentes respectifs. On a maillé le territoire et ciblé les zones où le RN était fort », détaille l’enseignante et syndicaliste. En janvier, la réunion à Blaye a débouché sur « la création d’un collectif Haute-Gironde pour que ces terres restent des terres de solidarité » (...)

Mouvements de jeunesses mobilisés

Mus également par un sentiment de danger imminent, une quinzaine de groupes issus de mouvements de jeunesse (antifascistes, insoumis…) se sont rencontrés le 10 janvier à Lyon. Ils ont décidé de lancer la campagne « Éteignons la flamme », une mobilisation contre le RN le temps des élections municipales. Celle-ci se déploie aujourd’hui dans 21 villes, parmi lesquelles certaines présentant des risques de bascule à l’extrême droite, comme Toulon, Marseille, Béthune ou Nîmes.

« Nous voulons mettre en lumière leurs moindres faits et gestes sur le racisme ou la corruption », expose Césaria, porte-parole du mouvement. (...)

Parallèlement, ils déploient une activité sur les réseaux sociaux pour dénoncer les candidats ayant ouvertement tenu des propos racistes ou s’étant rendu coupable de malversations. (...)

Faire gagner les listes de gauche

Pour l’ensemble de ces collectifs, il s’agit plus de faire campagne contre le RN que pour les listes qui lui font face. À l’inverse, le mouvement Victoires populaires, qui avait organisé la primaire populaire en 2022 et s’était mobilisé pendant les législatives de 2024, est pleinement lancé dans la bataille électorale.

Son objectif : faire gagner les listes de gauche sans prendre parti lorsque plusieurs candidatures de gauche sont en concurrence. Puis faire pression entre les deux tours pour que les listes se rassemblent, surtout dans les villes où elles font face au Rassemblement national.

« Nous avons 36 groupes locaux et une vingtaine sont en création pour cette campagne », rapporte Floraine Jullian, la porte-parole du mouvement. Ce dernier revendique une base de données de 500 000 sympathisants, dont 150 000 actifs et 15 000 engagés qui donnent de leur temps pour une action en ligne ou sur le terrain. La première mission de Victoires populaires a été de lutter contre la mal-inscription sur les listes électorales : d’après ses estimations, sept millions de personnes ne pourraient pas voter les 15 et 22 mars à cause d’un défaut d’inscription. (...)

En plus de vérifier que les personnes sont correctement inscrites, les bénévoles de Victoires populaires incitent des électeurs de gauche souvent démotivés à se déplacer les 15 et 22 mars. Autre recommandation : les inviter à proposer à leurs proches qui ne pourraient pas se déplacer de voter à leur place par procuration. Il leur est également proposé de passer eux aussi à l’action sur leur territoire. Enfin, pour être certain qu’ils se déplacent aux urnes, un rappel par SMS leur est même proposé le jour du vote.
Mettre des outils à disposition (...)

Outre une cartographie des communes qui risquent de basculer à l’extrême droite, réalisée avec le politiste Alessio Motta et plusieurs partenaires (dont Basta !), le média a lancé un cycle de formations. L’une d’elles s’adresse aux journalistes qui souhaitent enquêter sur l’extrême droite ; l’autre est destinée à toutes celles et ceux qui veulent se former pour agir contre le RN.

D’autres ressources en ligne ont été mises à disposition. Le site mobilisations.org, auquel contribue Alessio Motta, a publié une carte des bureaux de vote à mobiliser pour limiter les risques de bascule à l’extrême droite.

Considérant que de nombreux scrutins se joueront à peu de voix près, l’outil identifie « les zones absolument prioritaires pour mobiliser efficacement les électeurs » dans une cinquantaine de communes. Une autre carte utile a été éditée sur le site de Résistance démocratique qui regroupe de nombreuses ressources produites par une multitude d’acteurs « pour défendre les valeurs démocratiques et les libertés face aux idées d’extrême droite ». La carte répertorie les listes présentées par l’extrême droite sur l’ensemble du territoire.

Le champ syndical n’est pas en reste. Ainsi, le groupe Vigilance et initiative syndicale antifasciste (Visa), a édité en fin d’année dernière une brochure « Lutter pour battre l’extrême droite, stop aux mairies brunes », pour décrire les politiques menées par le RN dans les villes qu’il a conquises. Et ainsi donner des arguments pour décourager celles et ceux qui hésiteraient à voter RN dans leur commune.