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Marie-Claude Saliceti
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Acrimed
« Nous, journalistes pigistes et de médias indépendants, nous nous désolidarisons de la couverture médiatique de la guerre au Moyen-Orient »
#Israel #Gaza #Cisjordanie #genocide #famine #tortures #cessezleFeu #journalisme
Article mis en ligne le 4 avril 2026
dernière modification le 1er avril 2026

Une soixantaine de journalistes ont publié une tribune pour se « désolidariser de la couverture médiatique de la guerre au Moyen-Orient ». Nous la relayons ici. (Acrimed)

Nous sommes journalistes, reporters, photojournalistes pigistes et de médias indépendants, exerçant en France et à l’international. Depuis les attaques conjointes lancées par les États-Unis et Israël sur l’Iran, ainsi que la guerre enclenchée au Liban depuis le 2 mars, nous assistons, indignés, à une couverture médiatique défaillante, lacunaire, déséquilibrée et, trop souvent, complaisante envers certains récits officiels. Une défaillance qui ne date pas d’hier et qui s’inscrit dans une longue histoire de conflits perpétuels, notamment au Liban Sud, dans les territoires palestiniens occupés et à Gaza, où le traitement médiatique reste systématiquement le même : simpliste, orienté et répétitif, donnant l’impression d’un “nouveau” conflit à chaque escalade alors qu’il s’agit en réalité d’une continuité tragique ignorée ou minimisée.

Nous demandons qu’à une guerre asymétrique ne soit pas apposé un traitement médiatique asymétrique.

Sans essentialiser l’ensemble des médias, force est de constater que trop de journaux, de magazines, de chaînes de télévision et de radios produisent une lecture partielle de cette actualité pourtant majeure, aux conséquences humaines, politiques et géopolitiques considérables.

Nous ne comprenons pas les choix éditoriaux concernant les invité·es convié·es à commenter ces événements. Trop souvent, les plateaux sont occupés par des intervenant·es insuffisamment qualifié·es pour analyser des situations d’une telle complexité. Couvrir ces conflits exige pourtant une connaissance fine du terrain, une maîtrise des contextes historiques et une capacité à mobiliser des analyses géopolitiques rigoureuses.

Nous dénonçons également un manque criant de pluralisme. Les prises de parole de représentants israéliens sont fréquentes, parfois hégémoniques, alors même que le chef du gouvernement fait l’objet d’un mandat d’arrêt international. Dans le même temps, les représentants politiques des autres parties impliquées sont marginalisés, disqualifiés ou absents des grands espaces de débat. Cette asymétrie dans l’accès à la parole contribue à orienter la perception du public et à appauvrir la compréhension du conflit. (...)

Nous souhaitons également attirer l’attention sur les usages sémantiques profondément différenciés selon les parties concernées. Là où certains « meurent », d’autres sont « tués », voire « assassinés ». Là où certaines opérations sont présentées comme des « frappes préventives », d’autres sont immédiatement qualifiées d’« attaques ». Ces choix lexicaux ne sont pas neutres : ils hiérarchisent implicitement les vies et orientent la lecture morale des événements.

De la même manière, le recours au terme « évacuation » pour désigner des déplacements massifs de populations civiles mérite d’être interrogé. Lorsqu’ils sont contraints, organisés sous la menace ou dans un contexte de bombardements, ces déplacements relèvent, en droit international humanitaire, de transferts forcés, voire de déportations. (...)

Nous sommes également préoccupés par la multiplication de chroniqueurs et chroniqueuses présents non pas pour établir des faits, mais pour exprimer des positions idéologiques. Ce glissement brouille la frontière entre information et opinion, au risque de transformer certains espaces médiatiques en chambres d’écho ou en instruments de légitimation politique.

En ce sens, nous appelons nos consœurs et confrères exerçant dans les rédactions télévisées, radiophoniques et de presse écrite à large audience à se montrer à la hauteur de leurs responsabilités. (...)

Informer, ce n’est pas relayer. Informer, ce n’est pas hiérarchiser les vies. Informer, ce n’est pas choisir ses mots au service d’un récit dominant.

Informer, c’est donner à comprendre, avec rigueur, honnêteté et courage.

Aujourd’hui plus que jamais, face à des conflits d’une gravité extrême, notre responsabilité collective est engagée.