Avec l’envolée des prix du pétrole, les bénéfices des sociétés extractives explosent et finissent recyclés dans les paradis fiscaux. Mais il n’est pas trop tard pour taxer efficacement les profiteurs de guerre.
Pour les peuples et les dirigeants des années 1970, il était évident que les profits engendrés par l’explosion des prix de l’or noir à la suite des chocs pétroliers de 1973 et 1979 avaient vocation à être, en grande partie, socialisés. (...)
C’est ainsi que les richesses pharaoniques générées par l’explosion du cours de l’or noir, ce prix tant convoité, échappèrent aux majors et à leurs propriétaires.
Fort mécontents, ces derniers se promirent qu’on ne les y reprendrait plus. (...)
À partir des années 1980, les compagnies pétrolières, ces grandes multinationales du 20e siècle, mirent tout leur pouvoir derrière un projet de réécriture des règles du jeu économique international, qui devait assurer leur prospérité. (...)
La concurrence internationale, d’abord, devait garantir qu’aucun État ne vienne trop lourdement taxer les profits. (...)
L’essor des paradis fiscaux, ensuite (...)
Concrètement, là où 90% de la rente pétrolière se voyait socialisée dans les années 1970, les deux tiers de cette dernière atterrissent dans la poche des actionnaires aujourd’hui. (...)
Paradoxe accablant : alors qu’il n’a jamais été aussi urgent d’arrêter l’extraction d’énergie fossile au profit de sources décarbonées, les profits que les acteurs économiques privés peuvent tirer de cette activité n’ont jamais été aussi fabuleux. (...)
Les prix de l’essence augmentent certes, mais – différence fondamentale avec les années 1970 – nombreux sont ceux qui, dans l’Amérique chère à Trump, y trouvent in fine leur compte.
On peut difficilement comprendre la durée de la guerre en Iran si l’on ignore cette sinistre arithmétique. (...)
Il ne s’agit pas là d’une fatalité mais d’un choix politique. La solution la plus efficace consisterait à imposer les superprofits mondiaux des entreprises extractives, difficiles à manipuler, et non ceux qu’elles prétendent « réaliser » en France, qu’elles parviennent sans mal à réduire à peau de chagrin. (...)
Comme leurs prédécesseurs du 20e siècle, les profiteurs de guerre doivent payer.