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Marie-Claude Saliceti
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PFAS : dix ans de négligences ont conduit à l’une des plus graves contaminations en France
#PFAS #Lorraine
Article mis en ligne le 1er mars 2026
dernière modification le 25 février 2026

L’eau potable de 16 communes de l’est de la France est impropre à la consommation depuis juillet 2025. En cause, la papeterie Ahlstrom de Stenay, dans la Meuse, qui a disséminé des PFAS dans les terres agricoles via ses boues d’épuration, révèlent Disclose et France 3. D’après notre enquête, ce sont en fait plus de 40 communes qui pourraient être touchées. Informé de ces pratiques et de la toxicité des produits utilisés par l’industriel, l’État a laissé faire.

l’ancienne usine du groupe finlandais Ahlstrom a laissé un héritage toxique qui va perdurer pour plusieurs générations. Une pollution aux PFAS qui atteint des niveaux jamais relevés en France.

Sols, rivières, denrées agricoles : partout dans ces plaines, nichées entre Sedan et Verdun, on retrouve ces molécules associées à des risques de cancers, de troubles hormonaux et immunitaires. Mais jusqu’à aujourd’hui, c’est leur présence dans l’eau du robinet, révélée en juillet 2025 par Disclose et France 3 Champagne-Ardenne, qui a bouleversé le quotidien de plus de 3 500 personnes. (...)

Disclose et France 3 sont parvenus à remonter le chemin de la contamination. Pendant huit mois, nous avons enquêté sur des centaines d’archives de la papeterie et mené une campagne de prélèvements inédite. (...)

ces boues contaminées aux PFAS ont servi comme engrais pour la filière agricole, selon un schéma présenté comme gagnant-gagnant. (...)

Résultat : ce ne sont plus seulement 16 communes qui sont potentiellement touchées par le scandale sanitaire, mais 44 communes de la Meuse et des Ardennes. Leur point commun ? Elles ont été autorisées à recevoir les boues toxiques d’Ahlstrom pendant plus de 20 ans.

Principe de précaution bafoué (...)

« Les taux de PFAS sont très élevés par rapport à ce que j’ai l’habitude de voir »
Sébastien Sauvé, professeur en chimie environnementale à l’Université de Montréal (...)

une enquête judiciaire a été ouverte en janvier 2026. Confiée au pôle environnemental du tribunal de Nancy, elle porte sur neuf infractions, dont le « déversement de substance nuisible dans les eaux souterraines » et « mise en danger d’autrui », indique le parquet de Nancy à Disclose et France 3. « Ça suffit de mettre la responsabilité sur le dernier maillon de la chaîne, s’agace Francis Colin, dirigeant de Natura Verde. Et le producteur des déchets ? »

Le « producteur des déchets », Ahlstrom, est en effet tenu par la loi : les boues d’épuration « doivent avoir fait l’objet d’un traitement de manière à réduire, de façon significative, les risques sanitaires liés à leur utilisation », précise le code de l’environnement. L’industriel n’a pas plus tenu compte des recommandations sur la gestion des déchets dans l’ancienne région Lorraine, qui figurent pourtant noir sur blanc dans les archives que nous avons consultées en préfecture (...)

Aux États-Unis, le groupe vient d’être reconnu en partie responsable de la contamination des eaux et des sols. Son usine de Rhinelander, dans le Wisconsin, pratiquait l’épandage de boues. (...)

Si la multinationale finlandaise conteste son rôle dans cette pollution, elle a néanmoins annoncé, en janvier dernier, la distribution gratuite de bouteilles d’eau pour 300 habitant·es. Rien de tel en France, pour le moment.