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Poissons qui font du stop, araignées en coloc’... Ces animaux s’entraident
#cooperation
Article mis en ligne le 3 janvier 2026

Des poissons grimpent sur le dos des baleines pour voyager plus vite, 110 000 araignées ennemies enterrent la hache de guerre pour tisser une toile immense... Voici quatre exemples de coopération ingénieuse entre animaux.

On nous le serine depuis l’Antiquité : la mémoire des poissons serait courte, la cervelle des moineaux minuscule, la cruauté des ours sans pareille… Pourtant, les études scientifiques démontrant que les non-humains rivalisent d’intelligence, de sensibilité et d’ingéniosité s’accumulent. Chaque mois, Reporterre vous propose un florilège consacré à ces vivants si fascinants. Ce mois-ci, focus sur la coopération entre animaux. (...)

Des poissons font du stop sur le dos des baleines

Pour vous déplacer sur de longues distances, vous levez le pouce ? Les rémoras (des poissons d’une cinquantaine de centimètres au corps gris et fuselés) sont plus directs : ils s’agrippent directement au dos d’autres animaux marins, comme nous sauterions sur un capot. Dans le cadre de ses recherches sur la migration des cétacés, menées à l’est de l’Australie, le chercheur Olaf Meynecke a capturé des images saisissantes de ces poissons solidement accrochés à la peau de baleines à bosse, qu’ils utilisent pour se balader dans l’immensité du Pacifique sans fatiguer leurs nageoires. (...)

Les rémoras y parviennent grâce à une sorte de disque situé sur leur tête, qui « aspire » la peau de leurs hôtes (comme une ventouse) et leur permet d’y adhérer sans dommage pour eux. (...)

Les rémoras ne sont pas des parasites. Mieux : ils peuvent être bénéfiques aux baleines, en dévorant les poux de mer qui grignotent leur peau. Reste que les cétacés semblent parfois agacés par ces autostoppeurs (...)

« Nous ne savons pas si les rémoras voyagent vers l’Antarctique avec les baleines, ni combien de temps elles restent attachées à un hôte spécifique », note l’océanographe. Requins, raies mantas, dauphins, tortues et dugongs font aussi partie de leurs moyens de transport de prédilection. Comme quoi, la multimodalité n’est pas si compliquée.

Privées de lumière, des araignées ennemies tissent leur toile ensemble

C’est une coloc’ où les habitants, petits et velus, préfèrent s’asseoir sur le même canapé plutôt que de s’entre-dévorer. Une étude publiée mi-octobre dans la revue Subterranean Biology décrit la découverte d’une toile d’araignée géante de 106 m², potentiellement la plus vaste jamais observée, au fond de la Sulfur Cave, une grotte située à la frontière entre la Grèce et l’Albanie. 110 000 araignées de deux espèces normalement solitaires, la Tegenaria domestica et la minuscule Prinerigone vagans, s’y côtoient paisiblement sans que la première dévore la seconde — un pacte de non-agression inédit. (...)

Ces sympathiques bestioles détiennent-elles le secret de la paix dans le monde ? Il semblerait malheureusement que non. Disons plutôt qu’elles se serrent les coudes dans un milieu particulièrement hostile : une cavité formée par l’action corrosive de l’acide sulfurique, plongée dans une obscurité totale agrémentée de douces volutes de sulfure d’hydrogène, sans quasiment rien à se mettre sous la dent. Pour les scientifiques, c’est sans doute la lumière qui altère la vision de la féroce Tegenaria, l’empêchant de croquer sa voisine. Et une passion commune des colocataires pour les moucherons, lesquels squattent la grotte à la recherche de bactéries chimiotrophes alimentées par le soufre.

Cette colocation aurait même provoqué des mutations génétiques chez les arachnides. (...)

Dans une étude publiée début décembre dans la revue Scientific Reports, une équipe de scientifiques raconte avoir observé, pour la toute première fois, des dauphins et des orques chasser ensemble des saumons, au large des côtes canadiennes de la Colombie-Britannique. Cette stratégie de recherche « coopérative » de nourriture pourrait relever d’un apprentissage, transmis de manière culturelle entre les membres de ces groupes de cétacés. (...)