Le livre collectif « Nouvelle Histoire de l’extrême droite » analyse les ressorts et les idées des principaux courants de l’extrême droite française, depuis la contre-révolution, fin du XVIIIe siècle, jusqu’à nos jours. Entretien avec le directeur de l’ouvrage,
Marine Le Pen lâche régulièrement cette phrase, avec un grand sourire : « Je ne suis pas d’extrême droite. » Avant elle, son père menaçait quiconque qualifiait ainsi le Front national de poursuites judiciaires. L’appellation est un stigmate dont personne, ou presque, dans l’histoire ne s’est réellement revendiqué. « Cela complexifie le travail du chercheur », remarque Baptiste Roger-Lacan. En dirigeant l’ouvrage collectif « Nouvelle Histoire de l’extrême droite » (Seuil, 2025), l’enseignant à l’Institut catholique de Paris et à Sciences-Po a toutefois entrepris, en faisant appel à 14 spécialistes issus de divers champs disciplinaires, de définir cette famille politique en France. Les marqueurs, les points communs qui forment une continuité quels que soient les courants multiples et les époques (...)
L’extrême droite se définit aussi par la défense d’une hiérarchie contre le principe d’égalité (...) tous les hommes ne sont pas égaux. Elle porte également une conception de la communauté à la fois exclusive et défensive. Celle-ci passe par l’identification de groupes décrits comme des parasites qui, par leur simple existence, menaceraient la survie du groupe. C’est ce mécanisme qui conduit au racisme et à l’antisémitisme, mais aussi à l’antimaçonnisme, à l’antiprotestantisme jusqu’au début du XXe siècle, puis à l’anticommunisme à partir de l’entre-deux-guerres. Tous ces groupes sont alors présentés comme des parasites cherchant à asservir la nation française.
Le mot « décadence » revient régulièrement dans votre ouvrage.
La pensée de la décadence et celle du déclin sont structurantes à l’extrême droite. (...)
l’empire colonial, et notamment l’Algérie française, devient un terrain d’expérimentation pour les forces d’extrême droite. D’ailleurs, toutes les organisations créées par Vichy fonctionnent à plein en Algérie.
En quoi les années 1990 marquent-elles un tournant dans cette histoire ?
Comme le souligne Marta Lorimer, chercheuse et autrice, dans le livre, le tournant s’amorce en réalité dès le milieu des années 1980, lorsque le Front national fait évoluer son discours sur l’Europe, jusquelà présentée comme un ensemble civilisationnel à défendre contre la menace communiste, et adopte une posture plus critique envers la construction européenne. (...)
La fin de la guerre froide, dans les années 1990, renforce ce déplacement. L’ennemi soviétique disparaît ; la logique d’union occidentale contre un adversaire commun perd de sa force mobilisatrice. Dans ce nouveau contexte, l’opposition à l’Union européenne devient une constante du parti et se durcit à mesure que l’intégration s’approfondit (...)