L’opération de régularisation massive de personnes sans-papiers pourrait toucher près d’un demi-million de personnes. Mais les délais pour déposer un dossier sont courts.
Le jeudi 16 avril, l’Espagne a officiellement ouvert ses guichets pour permettre, sous certaines conditions, à une personne sans-papiers de régulariser sa situation. L’opération est susceptible de concerner des centaines de milliers de personnes.
Cette régularisation offre aux migrants actuellement sans statut légal un permis de séjour d’un an renouvelable. La condition pour déposer une demande est d’avoir vécu en Espagne pendant au moins cinq mois avant le 1er janvier 2026 et de disposer d’un casier judiciaire vierge. Les candidats ont jusqu’à fin juin pour postuler.
Qui peut postuler et comment ?
Le plan de régularisation vise les personnes ayant demandé une protection internationale avant le 1er janvier 2026 ainsi que les ressortissants étrangers en situation irrégulière arrivés en Espagne avant cette date.
Tout le monde ne peut pas postuler. Le régime exclut les personnes qui détiennent déjà une autorisation de séjour ou ont déjà déposé une demande en ce sens, ainsi que les individus qui ont bénéficié ou bénéficient actuellement d’une protection temporaire.
(...) Une fois la procédure lancée, le demandeur est provisoirement autorisé à résider et travailler en Espagne pendant que son dossier est en cours d’examen.
Si la demande est approuvée, la personne reçoit une autorisation de résidence et de travail d’un an, ainsi qu’un document d’identité pour les étrangers appelé TIE (Tarjeta de Identidad de Extranjero) un mois plus tard, bien que certains demandeurs devront d’abord annuler leur demande de protection internationale.
Services surchargés
Le court délai accordé à l’enregistrement des demandes soulève des questions. Si le gouvernement estime que la régularisation pourra concerner jusqu’à un demi-million de personnes, le think tank espagnol Funcas parle même de près de 840 000 personnes.
L’ampleur du programme devrait exercer une forte pression sur les services publics, alors que des centaines de milliers de personnes tentent de postuler avant la date limite. Les associations et les organisations qui soutiennent les migrants dans les démarches administratives et le dépôt en ligne disent également avoir des difficultés à répondre à la demande. (...)
Pour l’heure, des demandeurs dans les bureaux de poste de Madrid et de Barcelone décrivent un processus sans incidents, même si certains font part de longs délais. (...)
La politique migratoire de l’Espagne diffère fortement de celle pratiquée par ses voisins en Europe, où de nombreux gouvernements tentent de limiter les arrivées et d’accélérer les expulsions, tout en étant confronté à la même pénurie importante de main-d’œuvre. Selon le gouvernement espagnol, la démarche de régularisation est soutenue par les chefs d’entreprise et les syndicats du pays. (...)
Ce n’est pas la première fois que l’Espagne mène une régularisation à grande échelle pour intégrer les migrants sans-papiers dans le pays. Le pays a mis en œuvre six programmes de régularisation entre 1986 et 2005, accordant un statut légal à différents moments sous les gouvernements socialistes et conservateurs, souvent en réponse à la demande de main-d’œuvre, à une économie informelle croissante et à la difficulté de gérer une grande population vivant et travaillant déjà en Espagne sans papiers.