En 2025, plus de 17 500 exilés sont arrivés aux Canaries, contre près de 47 000 en 2024. Soit une baisse de 62% sur un an, selon les chiffres du ministère espagnol de l’Intérieur. Cette chute des arrivées dans l’archipel espagnol s’explique par un renforcement des contrôles sur les côtes de l’Afrique de l’Ouest à la faveur d’accords signés avec l’Espagne.
(...) En 2024, l’UE a multiplié les visites en Afrique pour signer de nouveaux partenariats et ainsi tenter d’enrayer les départs de migrants vers l’archipel espagnol. Un an plus tard, les effets de ces accords ont commencé à se faire sentir.
Des accords avec la Mauritanie, premier pays de départ des pirogues
Depuis 2023, la Mauritanie est le premier lieu de départ des migrants d’Afrique de l’Ouest arrivés dans l’archipel espagnol.
Depuis plus de 20 ans, Nouakchott reçoit pourtant des sommes conséquentes de l’Espagne et de l’UE pour la gestion des migrants. Pour la période 2022-2027, l’allocation de l’UE s’élevait à 12,5 millions d’euros. Mais les récentes arrivées massives ont poussé les Vingt-Sept à augmenter les financements. (...)
En échange, les autorités mauritaniennes se sont engagées à durcir la législation locale sur l’immigration clandestine. (...)
Depuis le début de l’année 2025, la Mauritanie mène une politique répressive envers les migrants subsahariens qui se trouvent dans le pays en attendant de prendre la route de l’Atlantique pour rejoindre les Canaries. De très nombreux migrants ont raconté les arrestations arbitraires jusque dans la rue ou sur les lieux de travail des exilés. Les personnes ont ensuite été expulsées vers les frontières du pays, et notamment la ville de Rosso, au Sénégal, qui a vu débarquer en quelques semaines des milliers d’exilés. (...)
La Commission européenne finance déjà un projet de 5,75 millions d’euros visant à renforcer la capacité des forces de sécurité sénégalaises pour lutter contre l’immigration clandestine, la traite des êtres humains et le trafic de migrants.
Cet accord, comme celui avec la Mauritanie, a commencé à porter ses fruits en 2025 : au premier trimestre, les forces sénégalaises ont interpellé plus de 1 900 personnes qui tentaient de prendre la mer, "dont une majorité d’étrangers - 1 000 personnes - utilisant le Sénégal comme point de départ" avait indiqué en septembre le secrétaire permanent du Comité interministériel de lutte contre la migration irrégulière (CILMI), Modou Diagne. (...)
Le Maroc, quant à lui, a reçu en décembre 2024 une enveloppe de 2,5 millions d’euros afin de renforcer ses capacités en matière de surveillance des frontières, de mieux contrôler les points d’entrée, de lutter contre les réseaux de trafic d’êtres humains et de protéger le sud de l’Europe des flux migratoires venus de ce pays du Maghreb.
En parallèle, depuis 2013, l’UE a déboursé plus de 360 millions d’euros - dont 234 millions proviennent du Fonds fiduciaire d’urgence de l’Union pour l’Afrique, indique une note de l’UE datée de février 2022 - pour aider le Maroc dans sa lutte contre l’immigration irrégulière. (...)
La route qui part de l’Algérie vers les Baléares est ainsi devenue en 2025 "la principale route de transit vers l’Espagne", affirme l’ONG Caminando Fronteras dans un rapport publié fin décembre. Cette hausse des départs vers cet archipel se traduit par un plus grand nombre de morts. Selon l’ONG, 1 037 personnes parties d’Algérie vers les Baléares ont perdu la vie en 2025, contre 517 en 2024.
À l’inverse, les décès vers les Canaries ont chuté. Caminando Fronteras dénombre 1 906 morts et disparus sur la route atlantique. En 2024, l’ONG avait décompté 9 757 décédés ou disparus dans la même zone maritime. Soit la quasi-totalité des décès en mer vers l’Espagne cette année-là.