Le témoignage tragique et déchirant qu’on va lire est exceptionnel. Il émane du poète et écrivain palestinien Ziad Medoukh, professeur de français à l’Université Al-Aqsa de Gaza et militant de la non-violence. Il a été publié hier sur son compte Facebook.
Hier [25/01/2024], la Cour internationale de justice a ordonné à Israël de prévenir tout éventuel acte de génocide à Gaza. En lisant ce qu’écrit Ziad, on comprend que cette injonction est absolument justifiée.
Vendredi 26 janvier 2024
Bonjour de Gaza la détruite et Gaza la dévastée.
Croyez-moi : ma détermination, mon courage, ma résilience, ma patience, et mon optimisme n’arrivent pas à dépasser ma détresse totale
Après presque quatre mois depuis le début de cette agression horrible de l’occupation contre la population civile de la bande de Gaza, la situation sur place est de plus en plus catastrophique et terrifiante.
La vie est un goût amer, en fait, il n’y a pas de vie à Gaza.
La vie est paralysée totalement.
Il n’ y a rien : ni nourriture, ni eau, ni médicaments, ni électricité, ni gaz, ni lait, ni pain, ni fruits, ni légumes, ni viande, ni poulet, ni poissons, ni moyens de transport, ni logement et ni perspectives.
Des milliers d’élèves sont privés de leurs cours, et des dizaines de milliers d’étudiants sont privés de leurs études.
Des milliers de fonctionnaires, d’employés et d’ouvriers sont privés de leur travail et de leurs salaires.
Rien ne fonctionne à Gaza actuellement : aucune administration et aucun commerce.
Je suis très triste.
Je suis malheureux, je souffre au quotidien comme tous les habitants de cette région dévastée et laissée à son sort par une communauté internationale officielle complice.
Et je suis en train de supporter l’insupportable.
J’ai décidé d’écrire ce témoignage pour partager ma peine avec vous les amis et les solidaires de bonne volonté, vous êtes mon seul confort dans cet enfer quotidien
Quand j’ai un accès à internet, j’essaie de donner des nouvelles, le problème que pour arriver à un point internet je dois marcher deux kilomètres et devant ce point, il y a un monde fou et que chacun à le droit à trente minutes seulement, tout le monde veut avoir des nouvelles de sa famille au sud et le réseau de communication est souvent perturbé et détruit par les bombardements.
Je vois vos très nombreux messages de soutien et de sympathie, les personnes qui proposent des aides et des dons, je vous remercie beaucoup, je disais toujours que le plus important c’est la solidarité morale et politique, en plus, moi je suis un simple citoyen palestinien de Gaza, je vis comme tous les habitants, et je ne veux pas être privilégié avec mon réseau et mes nombreux amis et connaissances ? même si je ne réponds pas car le réseau internet est très faible, mais vos messages me soulagent moi le citoyen palestinien de Gaza qui a perdu tout et qui essaie de survivre avec le peu d’espoir qui lui reste.
Mon quotidien est très difficile et très compliqué.
C’est vrai que j’ai vécu beaucoup de guerres, d’agressions, d’offensives et de carnages
Mais je n’a jamais vécu une situation horrible comme celle-ci depuis mon enfance (...)
allume avec des lampes qu’ on les rechargent le matin avec les panneaux solaires, heureusement qu’ l y a toujours du soleil à Gaza, en fait les panneaux solaires ont beaucoup aidé les habitants de Gaza pour avoir un peu de lumière en rechargeant leurs lampes, leurs batteries et leurs téléphones portables pendant cette période d’obscurité et de panne électrique depuis le début de cette agression début octobre dernier.
Pour moi, la nuit, je n’arrive pas à dormir, je pense à mon frère assassiné avec toute sa famille, et je pleure seul, je reviens à mes beaux souvenirs avant cette agression, j’essaie de rêver et d’espérer un meilleur avenir, mais en vain.
Moi, qui remontais le moral des jeunes et des enfants de Gaza traumatisés, je suis devenu sous le choc et traumatisé par le succession des événements tragiques qui ont frappé ma famille et tous les citoyens de Gaza ces derniers mois, et je ne trouve personne pour effacer mes larmes et pour calmer ma colère énorme.
Mon cœur saigne tout le temps. (...)
Les gens ici ont commencé à mourir de faim.
Sans oublier que les prix sont multipliés par dix, et les rares produits disponibles sont très chers.
Une petite bouteille d’eau minérale coûte actuellement à Gaza 5 euros, auparavant son prix ne dépassait même pas 0,10 centièmes.
Un kilo de riz qui coûtait 2 euros est passé à 10 euros, un kilo de farine 12 euros avant on l’achetait à 1 euros, et un œuf vaut 3 euros, alors que le plateau de 30 œufs coûtait 4 euros avant l’agression. (...)
Le pire qu’il n’ y a aucune autorité, aucun gouvernement et aucuns services municipaux qui gèrent et qui contrôlent la situation très critique.
Chacun se débrouille seul pour survivre.
Par contre, les Palestiniens de Gaza sont solidaires entre eux, mais quelquefois, les gens n’ont rien pour donner, parce qu’il n’y a rien sur place.
Le matin, le souci de chacun est de cherche à quoi nourrir sa famille et cherche de l’eau avec énormément de difficultés.
Quand je marche dans les rues de Gaza, je deviens très malheureux, car dans chaque quartier, il y a des maisons, bâtiments, immeubles et infrastructures civiles détruits et endommagés.
J’apprends chaque jour l’assassinat de mes cousins, proches, amis, collègues, voisins et étudiants, ça me rend très triste car je suis impuissant et je ne peux pas dire un mot de condoléances à leurs familles.
Le sentiment d’impuissance est horrible. (...)
Quelques fois, je me demande comment les gens ici font pour survivre et pour exister toujours.
Pour la situation sanitaire, elle est dramatique, aucun hôpital fonctionne, tous les hôpitaux sont hors-service, il y a seulement trois cliniques dans toute la ville de Gaza qui arbitre 300.000 habitants et déplacés, dans chaque clinique, il a seulement cinq ou six médecins bénévoles débordés qui reçoivent 5 000 patients par jour, sans de vrais médicaments à donner, ou des médicaments expirés (...)
L’armée la plus morale au monde a assassiné 27.000 palestiniens de Gaza jusqu’à présent parmi eux 22.000 enfants et femmes, et en a blessé 70.000.
Sans oublier, la destruction de presque 65% des infrastructures civiles.
Le problème que cette armée lâche et criminelle n’a réalisé aucun objectif fixé pour ce gouvernement d’extrême droite.
C’est de la folie meurtrière et l’impunité totale sans aucune réaction internationale officielle.
Les Palestiniens de Gaza, malgré leur colère et leur malheur apprécient beaucoup les manifestations de solidarité partout dans le monde pour dénoncer ce génocide répété et pour appeler à un cessez-le-feu immédiat dans la bande de Gaza. (...)
je ne crois pas encore que je suis toujours vivant, car je vois la mort mille fois par jour, même si je n’ai pas peur de la mort, cependant, je suis inquiet pour notre avenir.
L’aspect positif dans tout cela qui me rend fier de moi :
Je n’ai pas de haine
Amitiés palestiniennes de Gaza qui n’est plus Gaza
Et de Ziad qui n’est plus Ziad.