Christophe Bonneuil, Isabelle Cambourakis, Philippe Descola, François Jarrige, Baptiste Morizot, Isabelle Stengers… Les vingt coprésidents de l’Association pour la défense des terres, appui financier du mouvement menacé de dissolution, disent leur soutien aux luttes territoriales qui tentent de préserver les possibilités minimales d’un avenir viable.
Pendant des années, il a fallu alerter. Aujourd’hui, il faut agir.
Qu’il s’agisse du dépassement des seuils planétaires, des risques d’emballement climatique, des pénuries d’eau potable ou du déclin de la biodiversité, tout cela est connu et attesté. C’est maintenant qu’il faut stopper les processus destructeurs. Et nous savons que des gouvernements au service de l’oligarchie n’ont ni l’objectif ni l’ambition de le faire.
C’est la raison pour laquelle nous sommes, comme des milliers d’autres, les Soulèvements de la Terre et participons à ce mouvement décentralisé qui se nourrit des initiatives lancées par la myriade de collectifs informels et d’organisations qui s’y fédèrent. Et c’est la raison pour laquelle nous vingt, universitaires, autrices, élu.e.s ou paysans, assumons ensemble la présidence de l’Association pour la défense des terres, qui a pour objet de les défendre dans les zones agricoles et naturelles, à la campagne comme en ville pour les préserver de l’artificialisation, de l’accaparement et des nuisances industrielles irréversibles qui les menacent - association aujourd’hui citée par les renseignements comme soutien financier des Soulèvements de la Terre.
La naissance d’un mouvement social foisonnant, d’un réseau de luttes territoriales visant à défendre l’eau et la terre, nos vies, contre la prédation économique, la bétonisation et l’intoxication, et ainsi préserver les possibilités minimales d’un avenir viable, décent et libre – voilà la meilleure nouvelle de ces dernières années. Nous ne pouvons que saluer le courage et l’esprit qui l’anime pour désarmer les vraies violences, celles de ce pouvoir de destruction et du système social et économique qui le perpétue, et répondre à la violence illégitime du gouvernement par la légitime défense de nos conditions de subsistance.
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Le ministre de l’Intérieur prétend aujourd’hui dissoudre le mouvement des Soulèvements de la Terre, tentative dérisoire de restaurer un semblant d’autorité et de dissimuler les crimes commis à Sainte-Soline le 25 mars : deux personnes dans le coma, 200 personnes mutilées, blessées et traumatisées, les véhicules de secours bloqués sur ordre de la gendarmerie. S’il y a bien quelque chose qu’il faut dissoudre aujourd’hui, ce sont les puissances destructrices qu’encourage un gouvernement dangereusement « radicalisé ». Un gouvernement si fanatiquement livré à la poursuite de la croissance et de l’exploitation économique qu’il méprise ouvertement la démocratie en multipliant les passages en force. Un gouvernement qui depuis des années tente de pulvériser les espoirs de toute une génération à coup d’humiliations, de grenades et de tirs de LBD.
Avec les Soulèvements de la Terre, avec le mouvement pour la justice sociale, nous continuerons à appuyer partout où nous le pourrons sur le frein d’urgence, nous continuerons à alimenter une eau vive qui partout frémit, un delta de communautés vivantes qui se révoltent contre la destruction du monde et s’organisent pour composer en actes un futur désirable.