Près de deux semaines après le début des manifestations contre le régime, les autorités ont utilisé l’une de leurs armes habituelles : la coupure des télécommunications. Le Guide suprême iranien Ali Khamenei a affirmé ce vendredi 9 décembre que la République islamique ne « reculerait pas » face à des manifestants qu’il qualifie de « saboteurs » et de « vandales ». Cela ne fait qu’augmenter l’inquiétude d’Amnesty International qui a publié ce vendredi une enquête sur la répression des manifestations depuis le 28 décembre. Interview avec Fanny Gallois responsable du Programme Libertés chez Amnesty International France.
RFI : Les manifestations et leur répression ont commencé il y a près de deux semaines. Il vous a fallu du temps avant de pouvoir diffuser cette enquête ; pour quelle raison ?
Fanny Gallois : Nous travaillons depuis longtemps sur l’Iran, et avons notamment documenté les mouvements de 2019 et 2022 avec des difficultés similaires. Nous avons mené un travail d’enquête depuis l’extérieur et, effectivement, ça suppose de pouvoir s’entretenir avec de nombreux témoins sur place, de pouvoir vérifier les informations, de pouvoir analyser les vidéos. Là, c’est ce qu’on a pu faire. Nous avons également pu ensuite faire authentifier un certain nombre de données par des spécialistes, en l’occurrence des médecins, des pathologistes, etc. Donc, ça prend effectivement du temps. (...)
On est dans une séquence diplomatique différente de celle de 2022 au moment de « Femmes, vie, liberté ». Qu’attendez-vous de la part de la communauté internationale ?
Il y a eu des prises de parole. La France a notamment appelé à la mesure, à respecter le droit de manifester des manifestants pacifiques en Iran. Des choses sont dites et c’est bien. Mais on est en train d’assister véritablement à un bain de sang. L’urgence est de mettre une pression diplomatique très forte sur les autorités iraniennes pour qu’elles mettent fin à l’usage illégal de la force contre ces manifestants. On a eu quand même une réponse de la communauté internationale sur certains événements en Iran par le passé. Il faut que cela continue.
Mais comment faire davantage pression sur l’Iran ?
C’est un pays qui est déjà sous le coup de nombreuses sanctions internationales. Les moyens de pression ne sont donc pas évidents, mais ce sont les voies de la diplomatie. D’autre part, ces pressions resteront sans effet tant qu’il n’y aura pas en parallèle une pression judiciaire, c’est-à-dire des poursuites pénales à l’encontre des personnes responsables. On ne peut pas accepter que des crimes restent impunis. C’est ça qui permet la répétition de ce type de crimes, que l’on documente depuis des dizaines d’années. (...)
Il n’existe pas de justice indépendante en Iran à l’heure actuelle. On ne peut donc compter que sur une justice qui serait rendue à l’extérieur du pays. Par exemple, par des pays qui bénéficient de la possibilité de poursuivre des responsables grâce à la compétence universelle, et qui pourraient émettre des mandats d’arrêt, puis traduire en justice ces personnes.
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– (Amnesty International)
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Une vidéo, publiée vendredi sur Instagram par un groupe iranien de défense des droits de l’Homme, Haalvsh, montrant des jeunes femmes voilées défilant dans les rues de Zahedan, a pu être authentifiée par l’Agence de vérification de Radio France. On y voit ces jeunes femmes scandant "De Zahedan à Téhéran, ma vie sera sacrifiée pour l’Iran" et "Mort au dictateur".