Face au mouvement de contestation qui secoue l’Iran depuis deux semaines, le régime a imposé une véritable censure numérique, coupant l’accès à internet et aux communications téléphoniques. Une stratégie destinée à étouffer le mouvement et empêcher toute coordination, mais aussi à limiter la diffusion des images à l’extérieur du pays.
Les manifestations se poursuivent en Iran, malgré le silence que le régime tente d’imposer. Depuis désormais plus de deux jours et demi, le pays est plongé dans un black-out total des communications, rendant extrêmement difficile toute circulation d’informations, à l’intérieur du pays comme vers l’extérieur. La plupart des sites iraniens restent inaccessibles depuis l’étranger.
Depuis jeudi 8 janvier dans la soirée, la coupure internet est nationale et presque totale. (...)
Dans une analyse publiée par Filter Watch, Nargès Keshavarznia, de l’ONG Miaan, spécialisée dans la défense des droits humains et numériques, décrit comment les restrictions ont été clairement synchronisées avec les heures de mobilisation, les coupures s’intensifiant au moment des rassemblements et s’allégeant parfois lorsque la rue se vidait. (...)
Les restrictions étaient également à géométrie variable : le Réseau national d’information (NIN) – cet intranet national développé par l’Iran depuis 2016 pour pouvoir se couper de l’Internet mondial tout en maintenant un fonctionnement interne minimal – restait souvent accessible, tandis que le trafic vers l’international était fortement ralenti, avec des différences notables selon les fournisseurs.
Mais depuis jeudi soir, « globalement, toute communication est impossible, explique Amir Rashidi, expert iranien en cybersécurité et en droits numériques. Ce n’est pas seulement internet qui est coupé, mais aussi les communications téléphoniques, qu’il s’agisse de lignes mobiles ou fixes, à l’intérieur du pays comme depuis ou vers l’étranger. (...)
Pour contourner les restrictions, de plus en plus d’Iraniens se sont équipés d’antennes Starlink. Mais ces dispositifs semblent subir ces derniers jours des tentatives de brouillage par les autorités. (...)
Économie paralysée et crainte de répression à huis clos (...)
Le Centre pour les droits de l’homme en Iran (CHRI) a averti ce dimanche qu’« un massacre était en cours en Iran », affirmant avoir reçu « des témoignages directs et des rapports crédibles » sur la mort de centaines de manifestants. L’ONG Iran Human Rights, basée en Norvège, a fait état également d’au moins 192 manifestants tués en deux semaines de mouvement de contestation.
Combien de temps ce blocage peut-il tenir ? Au-delà des communications, c’est toute l’économie, largement numérisée, qui est au ralenti. (...)
Lire aussi :
– (France 24)
Iran : le bilan des morts s’alourdit, le pouvoir appelle à des contre-manifestations
Alors que de nouvelles manifestations ont eu lieu en Iran dans la nuit de samedi à dimanche, un nouveau bilan de l’ONG Hrana recense au moins 500 morts en deux semaines de contestation. En parallèle, les autorités ont appelé à des manifestations lundi en soutien à la République islamique. Voici le fil du 11 janvier.
RÉSUMÉ
- Près de 500 morts dans les manifestations en Iran, selon une ONG
- Plus de deux mille personnes à Paris en soutien au fils de l’ancien chah d’Iran
- Netanyahu espère que l’Iran "sera bientôt délivré du joug de la tyrannie"
- Le président iranien accuse les "ennemis de l’Iran" de "semer le chaos et le désordre"
- Le gouvernement appelle à des manifestations lundi en soutien à la République islamique
- Le chef de l’ONU appelle les autorités à "la plus grande retenue" dans l’usage de la force
- Donald Trump affirme que l’Iran "veut négocier" et qu’une réunion "est en cours de préparation"
- Donald Trump affirme que l’armée américaine étudie "des options très fortes" concernant l’Iran (...)