L’agression impérialiste des États-Unis contre le Venezuela est venue avec son torrent de mensonges officiels et de propagande militaire, relayés imprudemment – ou activement – par certains médias. Tour d’horizon.
Deux médias états-uniens complices
Un journal, mis au courant de la préparation d’une agression militaire par le gouvernement de son pays, a-t-il le devoir d’en informer ses lecteurs ? C’est la question à 1 million de dollars qu’ont dû se poser les rédactions en chef du New York Times et du Washington Post, samedi 3 janvier, quelques heures avant que les États-Unis ne bombardent Caracas, la capitale du Venezuela. Loin de l’idéal d’un journalisme « quatrième pouvoir », les deux journaux ont fait un choix qui n’est pas inédit dans l’histoire de la propagande de guerre : celui de retenir ce qu’ils savaient « afin de protéger les troupes américaines ». (...)
le secrétaire d’État Marco Rubio n’a pas manqué de « féliciter les médias qui avaient connaissance de l’intervention militaire au Venezuela et qui n’ont pas évoqué ce sujet avant que cette mission soit réalisée », rapporte Le Parisien (6/01). Accablant.
Le New-York Times et le Washington Post n’ont pas fait que retenir leurs informations. Ils ont également, lorsque l’agression militaire s’est effectivement déclenchée, feint de découvrir en direct ce qu’il se passait. (...)
Confusions volontaires
Pour habiller et justifier son intervention militaire, Donald Trump affirme que Nicolas Maduro est un « narco-terroriste », à la tête d’un important « cartel ». Nicolas Maduro est en effet poursuivi aux États-Unis depuis janvier 2020 – à l’époque déjà sous administration Trump – pour « narcotrafic », soupçonné d’être à la tête du « Cartel de Los Soles ». Au cours des mois de menaces des États-Unis contre le Venezuela, qui ont précédé l’agression militaire du 3 janvier, ces allégations ont été maintes fois répétées par l’administration Trump. En juillet 2025, un article des Échos nous informe que « le Trésor américain a décidé un nouveau train de sanctions contre le cartel vénézuélien Los Soles (Les Soleils), […] [qui] a formé un réseau au cœur des forces armées, de la sécurité intérieure et des institutions civiles vénézuéliennes. » De même, le 17 novembre, Ouest-France explique que le « cartel de Los Soles » va être classé comme un « groupe terroriste étranger » par les États-Unis. Le 5 janvier 2026, deux jours après l’attaque, l’ambassadeur américain auprès des Nations Unies, Michael Waltz, réitère devant le conseil d’urgence de sécurité de l’ONU cette accusation : « [Nicolas Maduro] est à la tête d’une vicieuse organisation terroriste étrangère, le Cartel de Los Soles ». Problème... ce cartel n’existe tout simplement pas. (...)
Il convient toutefois de remarquer que, si cette affiliation fantaisiste au « cartel de los Soles » a prospéré ces derniers mois dans la presse française, à la faveur du relais des déclarations américaines, la plupart des titres qui s’en sont fait l’écho n’étaient pas dupes (...)
Cette présentation de Nicolas Maduro en criminel international plutôt qu’en chef d’État en fonction a plusieurs avantages pour la propagande de guerre étasunienne : à commencer par le fait de présenter cette action comme une « opération de police » plutôt que comme une opération militaire (illégale à tous les points de vue, national comme international). Là encore, de nombreux journaux français vont se plier au cadrage imposé par la puissance militaire, et chacun va y aller de son petit article : s’agit-il d’une opération de police contre un chef de cartel, ou une d’ingérence militaire ? (...)
Une opération « magnifique » qui n’a fait « aucun mort »
Un autre biais du traitement journalistique de cet événement, issu lui aussi directement de la propagande militaire américaine, réside dans la focalisation des commentaires non pas sur la violation flagrante du droit international, mais sur la superbe « réussite opérationnelle » de ce « coup ». Durant les premières heures, cet angle va être ultradominant, notamment à la faveur du défilé des généraux en retraite sur les plateaux télé qu’Arrêt sur images a relevé, tous admiratifs de cette démonstration de force. (...)
« Une opération sans perte américaine », dit aussi le JT de France 2 du même jour. Ou comment, « encore une fois[,] complètement invisibilis[er] les victimes anonymes d’un peuple non-occidental », comme le signale Arrêt sur images. En réalité, l’agression militaire étasunienne a coûté la vie à 80 personnes, Vénézuéliens et Cubains, civils et militaires, estime le New-York Times (6/01), qui n’était pas le premier à avancer des chiffres [3]. Mais il ne fallait pas compter sur ces deux carrefours de l’information de service public pour nous l’apprendre.
Lexique en temps de guerre
Enfin, et selon une règle qui n’est pas spécifique à la propagande militaire, de nombreux médias vont privilégier dans leurs titres et leurs articles les mots du pouvoir. En l’occurrence, donc, de Donald Trump. L’on va ainsi parler, comme le président américain, de « capture » plutôt que « d’enlèvement », « d’arrestation » plutôt que de « kidnapping », et parfois, comme nous l’avons vu plus haut, « d’opération de police » ou de « coup de force », plutôt que « d’agression militaire ». (...)
Des médias qui reprennent et amplifient des éléments de propagande, voire qui s’esbaudissent devant la puissance de feu trumpienne et l’enterrement du droit international : le bilan n’est pas glorieux pour le journalisme, loin, très loin même, de jouer son rôle de contre-pouvoir.