Le Tribunal correctionnel de Marseille vient de rendre un jugement exemplaire dans une affaire de trafic de produits phytopharmaceutiques (PPP) interdits en France. Douze prévenus (personnes physiques et sociétés agricoles, principalement dans les Bouches-du-Rhône et la Drôme) ont notamment été condamnés pour avoir importé et/ou utilisé illégalement plus de 3 500 litres de pesticides sans autorisation de mise sur le marché (AMM) en France.
Au cœur du réseau : un intermédiaire français qui achetait ces produits à une société espagnole (Agro Naqui) et les revendait à des exploitants agricoles. Pour masquer les achats, certains utilisaient de fausses factures faisant passer ces pesticides pour de simples engrais. Parmi les produits saisis et détruits figuraient des formulations falsifiées comme le DANADIM PROGRESS (contenant de la cyfluthrine, non homologuée dans l’UE et très toxique pour les organismes aquatiques) et le FINALE (contenant du carfentrazone-éthyle).
Le tribunal a souligné le risque significatif pour la santé publique et l’environnement (...)
Les condamnations prononcées, plus lourdes que les réquisitions du parquet, incluent notamment :
- Pour l’intermédiaire : 2 ans d’emprisonnement dont 1 an ferme (aménageable sous bracelet électronique), 100 000 € d’amende dont 50 000 € avec sursis, et interdiction d’exercer dans le milieu agricole pendant 5 ans.
- Pour plusieurs sociétés agricoles : amendes allant jusqu’à 400 000 € (dont 200 000 € avec sursis), interdiction de percevoir les aides PAC pendant un an, et des peines d’emprisonnement (ferme ou avec sursis) pour certains dirigeants.
Générations Futures était partie civile : notre constitution a été jugée recevable et bien fondée. Nous avons obtenu des frais de procédure et de réparation pour notre préjudice moral. Le tribunal a également ordonné la publication du jugement dans La Provence et La France Agricole aux frais des condamnés. (...)
Un signal fort, mais un combat qui continue
Cette affaire a mis en lumière également une réalité préoccupante : plusieurs des exploitations condamnées étaient certifiées Haute Valeur Environnementale (HVE). Générations Futures alerte depuis des années sur les insuffisances de ce label, qui n’empêche pas le recours à des pesticides dangereux — et, comme le prouve ce jugement, n’a pas davantage constitué un frein à l’utilisation de produits pour le coup illicites. (...)