Quand tu zieutes un planisphère, tout semble clair : 197 États-nations et beaucoup de flotte. Et puis tu lis Le capitalisme de l’apocalypse, de Quinn Slobodian, et tu comprends que ce n’est pas si simple. Au sein de ces « contenants que sont les nations » se trouvent des « enclaves qui échappent aux formes ordinaires de réglementation ». Des zones qui constituent le fantasme des accros au néolibéralisme débridé et au sapage de la démocratie.
Ils veulent tout déréguler. Sabrer les impôts. Brider la démocratie. Multiplier les zones où le droit des États-nations ne s’applique plus. Bref : faire sécession avec toute entité bridant le sacro-saint règne du capitalisme effréné. Et ils font office de flippant fil rouge du costaud mais très éclairant essai de Quinn Slobodian – Le capitalisme de l’apocalypse, ou le rêve d’un monde sans démocratie (Le Seuil, 2025).
« Ils », ce sont les libertariens, mais aussi les fondus de néolibéralisme ou les empereurs cinglés de la Tech. Et selon Mister Slobodian ils ont tellement le vent en poupe que leur utopie sécessionniste a grandement déteint sur l’ordonnancement du monde, désormais « constellé de trous […] et de zones grises, résultats de perforations et de déchirures ». Au menu : ports francs sans droits de douane, zones à fiscalité sabrée, technopoles semi-indépendantes à l’image de la future Neom en Arabie Saoudite, paradis fiscaux… Au total, estime Slobodian, ce sont plus de 5 400 zones de ce type qui parsèment la planète. La « classique » carte du monde ? Totalement has-been.
Ça ne date pas d’hier (...)