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Marie-Claude Saliceti
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Causette
Mamans thérapie
Article mis en ligne le 13 septembre 2018

Traumatisées par leur passé et seules face à une culture qui leur est étrangère, certaines mères migrantes ne savent plus comment s’occuper de leur bébé. Dans un hôpital de Bordeaux, une équipe les accompagne lors d’ateliers, un cocon où elles réapprennent à être mères.

Mélissa* se souvient qu’« au pays », au Congo-Kinshasa (République démocratique du Congo, RDC), lorsque ses deux premières filles sont nées, « c’était bien ». Ici, en France… elle agite ses index au niveau des tempes. Façon de dire qu’ici, pour elle, tout est embrouillé dans sa tête. Car la jeune femme de 26 ans a mis au monde une troisième fille, Dihya, aujourd’hui âgée de 2 ans. Une naissance difficile à accueillir pour elle, entre sa situation très précaire en France « et toutes les choses passées au pays ».

Comme les trois autres femmes participant ce jour-là à l’atelier « Accueil du nouveau-né », qui a lieu deux fois par mois à l’hôpital Saint-André, à Bordeaux (Gironde), Mélissa s’est retrouvée démunie face à cette naissance, tiraillée entre les pratiques apprises en RDC et celles recommandées ici. Des massages d’Afrique noire peuvent paraître très, voire trop toniques aux yeux des professionnel·les français·es de la petite enfance, « alors qu’ils remodèlent et réchauffent le corps du bébé, le préparent à s’asseoir, puis à marcher, témoigne Rokhaya Seck Skender, l’anthropologue de l’atelier. Dans ces pays, la mortalité infantile est élevée. C’est une façon de rendre le nouveau-né fort, robuste. » Ici, voir un bébé emmailloté peut sembler archaïque, quand cette technique reste utilisée au Maghreb ou en Albanie. Il y a aussi les produits introuvables ou trop chers, comme le beurre de karité destiné au massage, les plantes, les écorces, les racines que l’on donne à boire. (...)