Après quasiment trois semaines d’offensive américano-israélienne contre l’Iran, la démission du patron de la lutte antiterroriste Joe Kent et les esquives de la directrice du renseignement national Tulsi Gabbard sur la "menace imminente" révèlent les fractures d’un camp Trump tiraillé entre loyauté au président et rejet des "guerres sans fin". (...)
(...) "Le silence ne suffira pas"
Pour le moment, l’opposition à Donald Trump face au conflit iranien reste l’exception plutôt que la règle. "Les piliers du mouvement Maga et les tenants de la ligne isolationniste de l’administration choisissent de rester silencieux", explique Ludivine Gilli, directrice de l’Observatoire Amérique du Nord à la Fondation Jean-Jaurès. "C’est un calcul politique."
À commencer par le vice-président J. D. Vance, lui aussi issu de cette aile anti-interventionniste, hostile aux "guerres sans fin" menées par les États-Unis. Depuis le début du conflit, il se retrouve à défendre une guerre menée par Trump contre laquelle il a longtemps mis en garde, coincé entre ses ambitions présidentielles et la nécessité de rester dans les bonnes grâces du président.
"J. D. Vance est la personnalité la plus haut placée de cette faction au sein du cabinet, donc il se retrouve coincé", résume Steven Ekovich. "Il espérait que la guerre se termine vite, mais si elle dure – et elle risque de durer –, cela peut compliquer sérieusement son avenir." (...)
La pression monte également en dehors du gouvernement. Marjorie Taylor Greene, ancienne fidèle de Donald Trump ayant démissionné de son mandat de députée après une brouille publique avec le président, a exhorté Tulsi Gabbard et J. D. Vance à s’exprimer sur la guerre en Iran dès le 1er mars. "Les gens nous observent de très près. Le silence ne suffira pas", avait-elle écrit sur les réseaux sociaux.
Charles Eisenstein, conseiller de Robert Kennedy Jr lors de sa campagne en 2024, a, lui, lancé une pétition nationale intitulée "Health Not War !" ("la santé, pas la guerre !") aux côtés d’autres partisans du mouvement "Make America Healthy Again" (Maha, "rendre sa bonne santé à l’Amérique").
Reste un verrou majeur : dans l’univers Trump, la dissidence se paie comptant. Ministres, conseillers ou élus savent tous qu’une contestation publique peut coûter un poste, une investiture, voire une carrière. "Le jour où ils s’expriment, c’est terminé pour eux, ils n’auront plus aucun pouvoir", résume Jérôme Viala-Gaudefroy. "C’est là qu’on voit la différence entre ceux qui restent par ambition pure et ceux qui restent fidèles à leur idéologie." (...)
Les divisions s’étendent aussi au-delà du monde politique. Dans la sphère Maga, plusieurs voix influentes ont dénoncé la guerre ou pris leurs distances avec ses justifications. L’ancien présentateur star de Fox News Tucker Carlson, devenu l’un des podcasteurs les plus suivis de la droite américaine, a ainsi qualifié l’attaque contre l’Iran d’"absolument dégoûtante et maléfique". L’ex-présentatrice Megyn Kelly, elle, a accusé des figures "pro-Israël" d’avoir vendu cette guerre au peuple américain.
Pour l’heure, cette fracture ne s’est pas transformée en rupture de masse. (...)