Les raids de l’aviation israélienne se sont poursuivis samedi 15 mai. À Gaza City, un bâtiment abritant la chaîne Al-Jazeera et l’agence AP a été pulvérisé. Le Hamas, qui continue d’envoyer des roquettes sur des villes au centre d’Israël, menace de répliquer. Le Conseil de sécurité de l’ONU se réunit.
La vidéo est impressionnante. On y voit une tour d’immeuble s’écrouler après une attaque aérienne, menée dans le cadre des raids israéliens sur la bande de Gaza, en représailles contre les tirs de roquettes du Hamas. Aucune victime n’est à déplorer, le propriétaire de l’immeuble ayant été prévenu par les responsables militaires d’un bombardement imminent, et chargé de faire évacuer le site.
Si l’image a tant circulé, alors qu’on décompte a minima 139 victimes gazaouies de ces raids et un bon millier de blessés (contre une dizaine de tués et 600 blessés côté israélien), c’est en raison de la charge symbolique de la destruction. L’immeuble abritait en effet plusieurs médias, dont deux internationaux : l’agence américaine AP (Associated Press) et la chaîne qatarie Al-Jazeera. « Une frappe israélienne a dévasté la tour qui abrite les bureaux d’AP dans la ville de Gaza », a immédiatement écrit sur Twitter Jon Gambrell, journaliste à l’AP. « Je travaille là depuis 11 ans. J’ai couvert tant d’événements depuis cet immeuble… Tout a disparu en deux secondes », a témoigné Safwat al-Kahlout, journaliste à Al-Jazeera. (...)
En plus des morts de civils et d’enfants, l’atteinte à la liberté d’informer est donc à ajouter au bilan de l’offensive de Tsahal sur le territoire palestinien, en cours depuis lundi 10 mai. (...)
La nuit précédente, les attaques aériennes israéliennes se sont intensifiées contre la bande de Gaza. L’une d’entre elles a tué au moins une dizaine de personnes de la même famille dans un camp de réfugiés, dont sept ou huit enfants selon les sources. Un petit garçon de cinq mois a été sorti vivant des décombres, raconte le New York Times, qui précise que cette fois personne n’aurait été prévenu de la destruction de la maison. D’après l’agence AP relayée par le Guardian, des jouets d’enfants, un plateau de Monopoly et des restes de repas de ce qui était un rassemblement familial pouvaient être reconnus dans les débris. Là encore, l’armée israélienne a affirmé sans ciller avoir attaqué un appartement servant d’« infrastructure terroriste ».
Depuis le début de la semaine, les Nations unies évaluent à 10 000 le nombre d’habitants de Gaza qui ont quitté leur domicile pour trouver refuge ailleurs, notamment dans des écoles et des mosquées. En soutien aux Palestiniens, plusieurs rassemblements se sont tenus ce samedi en France et ailleurs dans le monde. Ces manifestations de solidarité coïncident avec le jour anniversaire de la Nakba, qui désigne l’exode des populations arabes palestiniennes en 1948, à la suite de la première guerre israélo-arabe. En quelques mois, près de 800 000 personnes ont fui, ou ont été déplacées ou expulsées de leurs terres.
Ce 15 mai, plusieurs milliers de personnes se sont notamment réunies en Australie, à Sydney et à Melbourne, pour des marches aux effectifs inédits sur cet enjeu. À Londres, plusieurs milliers de personnes ont traversé Hyde Park pour rejoindre les portes de l’ambassade d’israël à Kensington. À Bruxelles, 3 000 personnes se sont rassemblées place de l’Albertine, comme le raconte Le Soir, qui évoque également des marches au centre de Madrid en Espagne (environ 2 500 personnes), ou à La Haye aux Pays-Bas (entre 300 et 400 manifestants). (...)
Pendant ce temps, le haut responsable du département d’État américain chargé des affaires israéliennes et palestiniennes, Hady Amr, a atterri au Proche-Orient, où il devait rencontrer des dirigeants israéliens à Jérusalem comme des dirigeants palestiniens en Cisjordanie. Aucune participation de responsables du Hamas, considéré comme une organisation terroriste par les puissances occidentales, n’était prévue lors de ces entrevues.
Les États-Unis sont critiqués pour la mollesse de leur réaction depuis le début du conflit, le président Joe Biden lui-même étant accusé de « tiédeur » au sein de la gauche américaine (lire notre article). Il a par exemple été reproché à la première puissance mondiale de retarder une réunion du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies, qui se tiendra finalement ce dimanche. (...)
La Ligue arabe demandait depuis longtemps une réunion au plus haut niveau de l’ONU. Les puissances qui la composent sont plutôt en froid avec le Hamas, et nombre d’entre elles en train de normaliser leurs relations diplomatiques avec Israël au prix d’un délaissement de la cause palestinienne (lire l’article de René Backmann). Mais la défense de Jérusalem, une ville abritant le troisième lieu saint de l’islam (la mosquée al-Aqsa), touche une corde trop sensible pour leur permettre le silence.
Manifester pour la paix en Palestine ce n'est pas être antisémite mais demander le respect des résolutions de l'ONU et du droit international. Les interdictions prises à Paris et à Nice constituent des atteintes inacceptables au droit de manifester.
— David Nakache (@DavidNakache) May 14, 2021
https://t.co/miukUu5jKW pic.twitter.com/KHvuqMP5QN
— Ellen Salvi (@ellensalvi) May 15, 2021
Présence massive des forces de l'ordre, gazages, canons à eau... @GDarmanin et le préfet #Lallement soufflent sur les braises.
Et en face ?
Des manifestant.e.s calmes et déterminé.e.s qui s'assoient au son des "Viva Palestine"#IsraelPalestine#Barbes pic.twitter.com/CuFBNYaz3a— Attac France (@attac_fr) May 15, 2021
Bombarder délibérément un immeuble abritant des journalistes en train de remplir leur mission d’information et détruire leurs outils d’enregistrement et de transmission des sons et des images est un crime de guerre ! #IsraelTerrorism #GazaUnderAttak @IFJGlobal @SNJ_national https://t.co/IWXutCY8RY
— Christian DAURIAC (@chdauriac) May 15, 2021
L’AFP a décidé d’accueillir dans ses locaux à Gaza les équipes de @AP et de @AJEnglish dont les locaux ont été détruits hier par l’armée israélienne #medias #AFP
— Sylvain Estibal (@Sestibal) May 16, 2021