Depuis la réouverture partielle du point de passage de Rafah, reliant la bande de Gaza et l’Égypte, les images de célébrations accompagnant le retour de Gazaouis exilés se multiplient. Mais pour beaucoup, les quelques dizaines de passages autorisés quotidiennement augurent surtout d’une longue et pénible attente.
(...) le retour des premiers groupes de Gazaouis exilés dans ce pays a souvent pris des airs de fête. (...)
Après plusieurs contrôles, les Palestiniens qui souhaitent rentrer dans la bande de Gaza y pénètrent en car, accompagnés par du personnel des Nations unies et par des hommes portant des uniformes aux couleurs de l’Égypte, comme le montrent des images filmées par le correspondant d’Al Jazeera Hani al-Shaer. (...)
Mais dans l’autre sens, la réouverture partielle du passage permet aussi de laisser passer en Égypte des personnes blessées ou gravement malades, afin qu’elles puissent y recevoir des soins. Selon l’ONU, seuls 14 des 36 hôpitaux de la bande de Gaza étaient toujours fonctionnels en octobre 2025, les établissements de santé de l’enclave ayant été ciblés par au moins 700 attaques de la part de l’armée israélienne depuis le début de ses opérations en octobre 2023.
L’arrivée de ces patients gazaouis a été largement couverte par la presse locale et internationale, qui peut accéder au côté égyptien du point de passage de Rafah. Le côté palestinien, quant à lui, toujours dans le périmètre de la "ligne jaune" contrôlée par Israël, reste inaccessible aux médias étrangers. (...)
Mais le nombre de personnes autorisées à traverser dans les deux sens reste extrêmement faible au vu des besoins. Le site de l’EUBAM, une mission européenne chargée d’observer et d’assister les opérations des autorités palestiniennes à Rafah, évoque "80 à 100 traversées par jour au total". Ce flux serait composé d’environ 50 rapatriés volontaires dans un sens, et de 50 personnes en urgence médicale souhaitant sortir de la bande de Gaza dans l’autre. Ces dernières peuvent être accompagnées de deux proches maximum.
Selon le ministère de la Santé de la bande de Gaza, 20 000 personnes seraient en attente de recevoir des soins médicaux à l’étranger. À ce rythme, il faudrait théoriquement plus d’un an pour leur permettre à toutes de sortir de la bande de Gaza. (...)
Ces évacuations au compte-gouttes créent une attente difficile pour les personnes ayant besoin de soins indisponibles dans la bande de Gaza. (...)
"De ce que j’ai entendu de collègues qui ont déjà fait la traversée, on passe d’abord par les contrôles égyptiens, puis palestiniens, qui sont gérés par l’Autorité palestinienne [active principalement en Cisjordanie, à la différence du gouvernement de Gaza, contrôlé par le Hamas, NDLR]. Ensuite, on raconte qu’il y a des gangs armés qui contrôlent tes bagages. Ils interdisent quasiment tout, je sais par exemple que je ne pourrai pas rentrer avec mon matériel de journaliste. Ils t’interrogent aussi, tu es à leur merci. Enfin, ils t’emmènent du côté israélien, où on te fait la même chose. (...)
La rédaction des Observateurs a déjà documenté l’existence de gangs armés à Gaza, dont certains sont soutenus par l’armée israélienne et opèrent dans les zones qu’elle contrôle. Au moins un de ces gangs est effectivement dirigé par un repris de justice, ancien trafiquant de drogue. Nous n’avons pas encore pu vérifier indépendamment plusieurs témoignages affirmant que ces gangs opèrent au point de passage de Rafah. Nous publierons les informations collectées dès que possible. (...)