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Mediapart
Accès aux soins : les médecins libéraux en rangs serrés derrière des slogans dispersés
#medecins #infirmieres
Article mis en ligne le 15 février 2023
dernière modification le 14 février 2023

Les médecins libéraux ont manifesté mardi contre l’autonomie des infirmières de « pratique avancée », discutée au Sénat. Mais ils sont aussi nombreux à admettre qu’ils ont besoin du soutien de ces nouvelles professionnelles de santé, alors que leurs conditions de travail et l’accès aux soins se dégradent

Les médecins libéraux ont réuni un imposant cortège de plusieurs milliers de personnes, ce mardi 14 février à Paris, à l’appel de tous leurs syndicats, mais aussi de l’Ordre des médecins, une première. (...)

« À l’hôpital, les IPA restent sous les ordres des médecins », explique Philippe Garat, de l’Ordre des médecins, rappelant ainsi la conception très hiérarchique qu’ont certains médecins du système de santé. En libéral, si la proposition de loi Rist passait, « les IPA pourraient faire n’importe quoi », poursuit-il. « Et à la fin, qui serait responsable ? Le médecin ! » L’Ordre des médecins est donc contre « l’autonomie totale des IPA, qui doivent rester sous le contrôle du médecin ». (...)

deux jeunes femmes médecins généralistes installées dans l’Essonne, un désert médical, ne partagent pas une telle crainte. Leur quotidien, ce sont plutôt « les dizaines d’appels par jours de patients qui demandent des créneaux en urgence », le sentiment de mal travailler, de faire de « l’abattage ». « Je travaille depuis cinq ans et j’ai déjà envie de partir », regrette Yaëlle.

Elles manifestent plutôt pour protester contre ces conditions de travail, le « manque de moyens » pour exercer correctement leur profession. (...)

l’assurance-maladie serait prête à donner plus aux médecins libéraux, mais sous conditions : qu’ils acceptent un « contrat d’engagement territorial », qui comprendrait une augmentation de leur patientèle, leur contribution à la permanence de soins, en ouvrant le samedi matin ou en participant à la régulation du 15. « Il y aurait les bons médecins et les feignasses, estiment Anne et Yaëlle. Nous, on veut de la qualité des soins, prendre au moins vingt minutes pour chaque patient, pas dix, comme l’a suggéré le directeur de l’assurance-maladie Thomas Fatome. »

Anne n’a, en revanche, rien « contre les IPA ». « Je n’ai aucun problème pour travailler avec d’autres professionnels de santé. On est tous dans le même bateau, il faut simplement se coordonner. Dans mon cabinet, on essaie de recruter une IPA. »

Mais la plupart se sont déplacés pour empêcher une plus grande autonomie des IPA, à l’image du collectif Santé pour demain, qui s’est constitué ces derniers mois sur Internet. (...)

Le principal syndicat de médecins libéraux, la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), navigue entre ces points de vue contradictoires. (...)

Le docteur Devulder reconnaît cependant que les protocoles d’organisation imposés aux IPA en ville, qui les empêchent largement d’exercer, « doivent évoluer, ils sont trop lourds ». La proposition de loi Rist imposerait aux IPA de travailler de manière « coordonnée » dans une maison de santé, un centre de santé, une équipe de soins, ou dans une communauté professionnelle territoriale de santé, un réseau local de professionnels de santé libéraux, que les médecins jugent trop large pour assurer une coordination avec l’IPA.

Le docteur Devulder se déclare néanmoins favorable à « une plus grande autonomie des IPA » (...)

Les médecins libéraux sont en réalité pris entre plusieurs feux : un malaise bien réel de la profession, dont les conditions de travail se dégradent ; les outrances des réseaux sociaux, qui poussent les syndicats à radicaliser leurs mots d’ordre ; et une demande pressante de la population, comme du monde politique, pour que s’améliore l’accès aux soins de toutes et tous. Ou au moins qu’il cesse de se détériorer à grande vitesse.