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Marie-Claude Saliceti
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Street Press
Antisémites, fascistes, identitaires : les radicaux avec Le Pen
Article mis en ligne le 20 avril 2022

Antisémites, identitaires, catho tradi’ au RN de Marine Le Pen on trouve encore toutes les familles les plus radicales de l’extrême droite. Et c’est sans compter ceux qui la soutiennent de l’extérieur. Revue des troupes.

En dix ans, les militants les plus gênants ont été écartés du parti. Elle a arrondi les angles mais son programme comme son parti restent d’extrême droite. Dans les rangs du RN, il reste ceux qui sont plus discrets, bien implantés localement ou très proches de la candidate et qui ont évité les purges successives. Sous la couche de bleu marine, le brun n’a jamais totalement quitté le parti. Revue d’effectifs.
Des cadres radicaux toujours là

Au sein du bureau exécutif, saint des saints des soutiens de Marine Le Pen, l’image est correcte. Sur la photo de famille, il n’y a plus que Wallerand de Saint-Just et Philippe Olivier qui sentent le souffre. Le premier, avocat historique du parti, est un catholique traditionaliste forgé à l’aune de l’intégrisme de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie-X. Le second, en plus d’être le beau-frère de Marine Le Pen, est un ancien du Grece, ce club de pensée où s’est forgée la doctrine identitaire. Paradoxalement, Philippe Olivier est aussi l’un des principaux artisans de la dédiabolisation.

Mais ce n’est rien comparé aux membres du bureau national ou du conseil national du parti. Ces derniers sont élus par les militants ou directement « cooptés par la présidente » et sont censés incarner les différents courants de la grande famille nationale. Dans leurs rangs, on trouve bien des cadres toujours aussi radicaux. Et la palme revient sans doute à Bruno Gollnisch, vieux grognard du lepénisme qui fricote ouvertement avec les pires antisémites. Grand ami de Dieudonné, il commentait dimanche soir en direct par téléphone les résultats du premier tour pour Égalité & Réconciliation. Sur le site du multirécidiviste de la haine des juifs Alain Soral, où ce dernier lui donnait du « camarade », Gollnisch était comme à la maison. « Zemmour a attiré à lui la diabolisation et Marine Le Pen est apparue comme quelqu’un de tout sage et convenable, on se dit finalement que les gens du Rassemblement national sont bien comme il faut », s’est-il réjoui. (...)

Il n’y a pas forcément besoin de sortir des murs des instances de son parti pour donner dans le camaïeu de brun. Dans le bureau national, il y a encore Gilles Pennelle, historique du FN qui est passé chez Terre & Peuple, un groupuscule identitaire « philonazie ». Et dans le conseil national, on peut trouver Julie Rechagneux, épinglée en 2017 pour ses fréquentations de nostalgiques du IIIe Reich. Deux figures locales qui montrent la porosité toujours importante entre le parti dit de gouvernement et les milieux radicaux.

Un autre dur a un rôle bien plus important : Jean-François Jalkh. Député, conseiller régional, député européen… L’homme a multiplié les mandats et fréquente les hautes sphères du parti depuis des décennies. En 2017, il devait même en prendre la présidence par intérim le temps de la campagne. Mais le plan avait capoté quand La Croix avait exhumé des propos négationnistes. C’est un homme clef du système Le Pen. Même si, à cause des affaires sûrement, il se fait plus discret. Il reste « délégué national en charge des affaires juridiques ». Il aurait bénéficié d’un emploi fictif d’assistant parlementaire de Jean-Marie Le Pen au Parlement européen. (...)

La « Gud Connection »

Une escroquerie dans laquelle on retrouve aussi les amis intimes de Marine Le Pen passés par le Gud, Axel Loustau et Frédéric Châtillon. Si le premier a été relaxé, le second a écopé de 30 mois de prison dont dix fermes et 250.000 euros d’amende « pour plusieurs escroqueries ainsi que pour une longue série d’abus de biens sociaux au préjudice de son entreprise, estimée à 500.000 euros par le tribunal ».

Les deux sont des durs qui n’ont jamais rompu avec la radicalité. À la veille du premier tour, StreetPress révélait les liens financiers étroits qu’ils entretiennent avec Alain Soral. (...)

Les identitaires sont très influents

Mais le RN de Marine Le Pen, ce ne sont pas que ces vieux cadres qui sentent la naphtaline. Le parti sait se renouveler. Sauf que le sang neuf s’est souvent lui aussi formé dans des groupes radicaux et notamment chez les identitaires. Le plus emblématique, c’est Philippe Vardon. Ancien cadre du Bloc identitaire, groupuscule d’où à émergé Génération identitaire, c’est aujourd’hui le boss du RN en région Provence-Alpes-Côtes-d’Azur. S’il ne participe pas à l’état-major de la campagne de 2022, il reste un cadre important du parti et compte bien placer ses hommes et lui-même aux législatives.

Les Zid’ sont des obsessionnels du « grand remplacement ». Une théorie popularisée par Renaud Camus qui affirme qu’en France est à l’œuvre un processus délibéré de substitution des populations blanches de culture judéo-chrétienne par des populations essentiellement originaires des pays arabo-musulmans. Les apôtres de Camus et sa théorie complotiste et raciste sont nombreux au RN. Si Marine Le Pen refuse d’employer l’expression, l’actuel président du RN Jordan Bardella la fait volontiers sienne.

D’autres cumulent carrément les cartes : un pied au RN, l’autre dans un groupuscule identitaire (...)

Toutes les familles de l’extrême droite

Si on ausculte de près les instances dirigeantes du parti, on trouve encore des représentants de bon nombre de familles de l’extrême droite. (...)

Des jeunes, des vieux, des hommes, des femmes : au RN, il n’y a pas une génération diabolique et celle qui suit angélique. Et il ne s’agit pas non plus que de seconds couteaux : il se murmure que Thierry Mariani pourrait être ministre des Affaires étrangères si Marine Le Pen est élue. Vladimir Poutine et Bachar El-Assad doivent croiser les doigts…
Les fans de Zemmour

Bref, avoir réussi à lisser son image avec un tel aréopage de radicaux relève de l’exploit. Et d’ailleurs, les vrais radicaux ne s’y trompent pas. Comme un seul homme, dès le lendemain du premier tour, tout ou presque de ce que la France compte d’antisémites, de nationalistes ou encore d’identitaires a appelé à voter pour Le Pen. (...)

Des cathos intégristes comme Mathieu Goyer, leader de Civitas Paris. Et même un authentique néonazi, ancien du Blood and Honour France (encore un groupe dissous pour sa violence), un certain Pierre S. appelle à soutenir Marine Le Pen. (...)

Les fans de Zemmour, pas rancuniers, se sont aussi rangés en bon ordre derrière la représentante du camp nationaliste qualifiée au second tour. Dans le lot, il y a les influenceurs de la fachosphère comme Julien Rochedy, Papacito ou l’ex-boss de GI, Damien Rieu. (...)