« Chantier colossal », « troisième révolution urbaine », « porte d’entrée de l’Europe continentale »… Autour du Grand Paris, immense projet de réaménagement urbain touchant toute la métropole, les discours s’enflamment. Mais sur le terrain comme en coulisses, les grues, tunneliers et autres bétonnières s’apprêtent à imposer leur loi, loin du contrôle des citoyens. Entre les constructions de tours, l’extension des lignes de métro, ou les grands projets comme Europa City, les promoteurs et autres géants du BTP se frottent déjà les mains.
Depuis l’annonce officielle de la tenue des Jeux olympiques à Paris en 2024, le calendrier du Grand Paris semble s’accélérer. Au nord de l’agglomération, la mairie de Gonesse a validé fin septembre la modification de son plan local d’urbanisme pour faire place à Europa City, hybride entre centre commercial et parc d’attractions, dont le promoteur, une filiale d’Auchan, présentait dans la foulée une nouvelle mouture, destinée à répondre aux critiques que le projet suscite. Des travaux sont engagés sur la ligne de métro 15-Sud, entre Pont de Sèvres et Noisy-Champs, le premier tunnelier devant entrer en action très prochainement à Champigny.
En parallèle, les jurys de l’appel à projets « Inventons la métropole du Grand Paris » sont en train de sélectionner les heureux lauréats destinés à aménager 56 sites, répartis sur toute la banlieue parisienne. Concours d’architectes et marchés publics se succèdent à un rythme soutenu. Des décisions se prennent aujourd’hui qui façonneront le visage futur de la capitale et de ses environs. Pour le meilleur, et pour le pire.
Un « Grand Paris » des transports... et des tours (...)
Le Grand Paris, c’est aussi un empilement de structures technocratiques qui ont pour point commun leur éloignement des citoyens. D’abord, la Métropole Grand Paris, présidée par Patrick Ollier (Les Républicains), puis les échelons territoriaux déjà existants : la région Île-de-France, Paris, et les sept départements de la zone. La « métropole » pourrait gagner en pouvoir si Emmanuel Macron, comme il l’a laissé entendre, décide de supprimer les trois départements de la petite couronne (Hauts-de-Seine, Val-de-Marne et Seine-Saint-Denis). À cela s’ajoutent la Société du Grand Paris – en charge essentiellement du projet de transports Grand Paris Express –, Grand Paris Aménagement – responsable de la gestion de divers projets d’aménagement et en particulier d’Europa City –, et quelques autres entités rassemblant élus, représentants de l’État et personnalités qualifiées. (...)
Des marchés de dizaines de milliards d’euros
Serions-nous sur le point d’assister à un retour en force de l’affairisme et du bétonnage typiques de l’urbanisme parisien des années 1960 et 1970 ? À considérer les chiffres, on peut le craindre. Pour le seul Grand Paris Express, 43 millions de tonnes de déblais, 24 tunneliers appelés à fonctionner simultanément, des tunnels creusés à plusieurs dizaines de mètres de profondeur, soit bien plus que les métros et RER actuels, 68 gares... Quant au nombre de travailleurs détachés venus de toute l’Europe, potentiellement sous-payés, appelés à s’activer sur ces chantiers, aucun chiffre ne circule.
« Chantier colossal », « troisième révolution urbaine », « porte d’entrée de l’Europe continentale », « choc économique et urbain »… Dans les discours officiels et médiatiques, l’heure est davantage au triomphalisme et à la « compétition » entre Paris et les autres grandes villes « de classe mondiale » (...)