À l’occasion de la marche contre les violences sexistes et sexuelles du 24 novembre et de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes le 25, nous publions le témoignage de Claire*, victime pendant sept ans de violences conjugales.
Il y a sept ans et trois semaines, je m’enfuyais de chez moi.
J’avais mûrement réfléchi à la manière de partir, tourné les dizaines de scénarios dans ma tête. Nous étions à la veille du week-end de la Toussaint, j’avais une petite ouverture possible, un microscopique prétexte : aller voir ma famille en province. Seule.
Mon cerveau a ces sept dernières années oublié bien des choses, mais il se souvient que j’ai dit au revoir comme si de rien n’était. J’ai dit : « À dimanche », j’ai pris un mini sac de voyage rassemblant des affaires pour deux jours en famille, ma pièce d’identité, ma carte bleue, les clés de ma maison que nous occupions.
Je suis montée dans un train, et arrivée dans ma famille, après quelques faux-semblants et un risotto aux coquilles Saint-Jacques, terrifiée, j’ai attrapé la main de ma petite sœur et je lui ai dit : « Tu ne dis rien à papa et maman, surtout tu ne dis rien, mais je ne rentrerai pas chez moi demain. » Cette fois-là, je ne suis pas rentrée. Plus jamais. (...)
Fuir les petites claques, les grandes claques, les tirages de cheveux, les réveils en pleine nuit parce qu’il avait besoin d’aide pour son travail ; fuir les mots qui tuent ; fuir l’isolement forcé ; fuir l’incompréhension de celles et ceux qui vous entourent ; fuir la honte ; fuir le dégoût de soi.
Tenter de fuir parfois en pleine nuit, parfois en pleine campagne. Habillée ou, une fois, nue. Parfois en plein jour, dans un parc. Parfois en sortant du travail. Parfois en allant acheter le pain. En pleurant, en hurlant, en parlant calmement, par écrit, par oral. En portant plainte certaines fois. En ayant sept jours d’incapacité totale de travail (ITT) une autre fois.
Des échecs. Des tas de petits échecs.
Jusqu’au départ réussi, quand l’instinct de survie reprend le dessus sur chaque seconde et année d’humiliation. (...)
En 2017, en France, 219.000 femmes ont déclaré avoir été victimes de violences physiques et/ou sexuelles par leur conjoint ou ex-conjoint sur une année. Moins d’une victime sur cinq ont dit avoir déposé plainte.
Je veux dire à ces femmes, si elles me lisent aujourd’hui –probablement en navigation cachée sur leur écran, dans un moment de répit–, qu’elles sont plus fortes : plus fortes que toutes les insultes, plus fortes que tous les coups. (...) je souhaite vous dire que votre vie est supérieure à tous vos doutes, à toutes vos peurs. Je ne vous dis pas que ce sera facile. Je vous dis que vous n’avez pas le choix