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Marie-Claude Saliceti
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Basta !
Coupe du monde : ces dizaines de Brésiliens tués au nom du foot business
Article mis en ligne le 4 juin 2014

Expulsions forcées, disparitions, assassinats, répression policière, flambées de violences... La situation se détériore au Brésil depuis quelques semaines. Les protestations contre la Coupe du monde de football se multiplient, alors que la police militaire s’est installée dans les favelas de Rio, où de vastes programmes de transformation urbaine sont engagés depuis quelques années. La voix des habitants des favelas, longtemps ignorée, s’élève aujourd’hui contre cette « colonisation policière ».

Depuis le 22 avril 2014, Copacabana, le fameux quartier touristique de la ville de Rio de Janeiro, est le théâtre d’une flambée de violences entre les unités de la police militaire et les habitants des favelas de la région. Tout a commencé suite à l’assassinat par balles de Douglas Rafael da Silva Pereira, 26 ans, connu sous le nom de DG, dont le corps a été découvert dans une crèche de la favela Pavão-Pavãozinho-Cantagalo. Cette favela est située sur la colline qui surplombe les deux quartiers les plus touristiques du pays : Copacabana et Ipanema. Le jeune danseur, célèbre pour avoir participé à plusieurs émissions de télé, avait tourné dans un court métrage, « Made in Brazil » produit en 2013 par le collectif Contraa parede (« contre le mur »). Sa propre exécution par la police y était mise en scène ! Ce film de six minutes montre la réalité des jeunes des favelas et leur quotidien dans une ville qui se prépare à accueillir l’événement le plus médiatisé de la planète.

Loin des caméras des médias conventionnels, plus préoccupés par l’image du pays que par le sort de ses citoyens de seconde classe, la mort de DG a mis le feu aux poudres. Des habitants ont témoigné avoir vu des agents des unités de police pacificatrices (UPP) sortir du lieu du crime, portant des gants chirurgicaux. Selon la mère de DG, Maria de Fátima, des policiers auraient tué et torturé son fils puis ont nettoyé la scène de crime. Des manifestations contre les UPP ont été organisées au lendemain de sa mort, le 23 avril 2014, par les habitants de la favela, persuadés que certains policiers l’ont assassiné. Comme d’habitude, la police a réprimé le mouvement de protestation, mais, cette fois-ci, l’affrontement entre manifestants et policiers a laissé un mort. Le jeune Edilson Silva dos Santos, 27 ans, connu sous le nom de Mateuzinho, habitant de la même favela, qui a reçu une balle dans la tête. (...)

Cette logique répressive s’accompagne d’un vaste programme de transformation urbaine dirigée vers le tourisme de masse. L’armée de terre (composante des forces armées brésiliennes) et la police militaire de l’État de Rio ont ainsi occupé le complexe de la Maré, un ensemble de favelas – 140 000 habitants – de la zone nord de la ville de Rio de Janeiro, le 30 mars 2014, un dimanche, en 15 minutes. Moins de deux semaines après cette impressionnante opération, le 12 avril, des manifestants tentent d’investir les principaux axes routiers de la ville proches du complexe : la « Ligne Rouge », qui dessert l’aéroport international par où arriveront les touristes, la « Ligne Jaune » et l’« Avenue Brésil ». Un jeune âgé de 20 ans est alors tué par les forces de l’ordre dans la favela Vila dos Pinheiros vers 8h du matin. Selon l’armée, la victime aurait réagi lors d’un contrôle. Le jeune travaillait pour un atelier de lavage de voitures. Selon des habitants, il se dirigeait vers son lieu de travail quand, après avoir vu un homme courir dans la rue, il aurait pris peur et s’est mis lui aussi à courir. « Ce n’était pas un bandit [le terme bandit est employé par les médias à propos des membres des gangs œuvrant dans le trafic de drogue, ndlr]. L’action de l’armée est horrible ici. Ils ne laissent plus les gens sortir dans la rue », a déclaré Nessia Santos, une habitante de la favela, au principal journal du pays O Globo. (...)