Seules 18 minutes des 3 heures du débat d’entre-deux-tours ont été consacrées à l’écologie. Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont rappelé les grandes lignes de leurs programmes énergétiques, en ignorant les autres enjeux écologiques.
Le président candidat et la femme politique d’extrême droite ont déroulé pendant dix-huit minutes les mesures phares de leurs programmes énergétiques, sans grandes surprises. L’effondrement de la biodiversité, la transition agroécologique ou encore l’adaptation au changement climatique sont en revanche passés à la trappe.
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Le nucléaire à fondLe nucléaire à fond
« L’enjeu des transports, premier secteur émetteur de gaz à effet de serre, n’a pas été traité, a déploré sur Twitter Anne Bringault, du Réseau Action Climat (RAC). Quel rythme de transformation de l’industrie auto, quels investissements pour le ferroviaire, quelle évolution du trafic aérien ? Nous ne saurons pas. »
L’industrie, le logement et l’agriculture n’ont pas suscité davantage d’intérêt. Silence également sur la diplomatie climatique, la raréfaction des ressources, le déclin massif de la vie sauvage, l’artificialisation des sols ou encore la pollution chimique. L’écologie a été abordée non comme un modèle de société à inventer, mais comme un simple problème technique. (...)
Dans leurs costumes de présidentiables, une photo du palais de l’Élysée en arrière-plan, les candidats se sont contentés de débattre de la place à accorder au nucléaire et aux énergies renouvelables. Côté extrême droite, on prône la mise à l’arrêt des projets photovoltaïques et éoliens, ainsi que le démantèlement des éoliennes déjà en place. Et tant pis si l’ensemble des scénarios énergétiques, de l’association Négawatt au Réseau de transport d’électricité (RTE), jugent impossible d’atteindre la neutralité carbone sans elles. La candidate a également évoqué son souhait de lancer vingt nouveaux EPR, au mépris de toute « rationalité technique », selon le spécialiste de l’énergie Nicolas Goldberg.
Côté LREM, on prône un développement conjoint du nucléaire et des renouvelables, notamment de l’éolien offshore, du solaire domestique et de l’agrivoltaïsme. « Il n’y a pas de stratégie de sortie des énergies fossiles qui passe par le tout nucléaire », a dit M. Macron, qui souhaite tout de même construire six nouveaux réacteurs. Selon le Réseau Action Climat, ces derniers ne pourront entrer en service qu’en 2037 au plus tôt.
Un « vide abyssal, irresponsable »
Avant cet échange, les enjeux énergétiques avaient déjà été brièvement évoqués via la question du pouvoir d’achat. (...)
« Ce débat confirme (s’il le fallait) qu’aucun des deux candidats finalistes de cette élection n’a la volonté de prendre les mesures structurantes qui s’imposent pour faire face à l’urgence climatique », a réagi Greenpeace France sur Twitter. « Rien de neuf pour Emmanuel Macron, alors que son programme est insuffisant pour respecter l’Accord de Paris. Marine Le Pen a confirmé ses propositions néfastes pour le climat », a regretté Anne Bringault, du RAC. Le climatologue Christophe Cassou s’est quant à lui ému du « vide abyssal, irresponsable » de ces échanges, qui ont fait l’impasse sur les « transformations sociales et systémiques traversant tous les secteurs ».
La légèreté avec laquelle les enjeux écologiques ont été traités au cours des près de trois heures de ce débat présidentiel n’est pas sans rappeler le peu de temps accordé à l’environnement au cours des derniers mois. Selon L’Affaire du siècle, le climat n’a en moyenne occupé que 5 % du temps d’antenne durant la campagne.
En fin d’émission, après s’être étendue sur « l’ensauvagement de la France » et « l’immigration anarchique et massive », Marine Le Pen a jugé « un peu courte » la séquence dédiée à l’insécurité. Le laps de temps accordé à ce qui constitue la « menace la plus grave pour notre planète » n’a en revanche choqué aucun des deux candidats.