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Marie-Claude Saliceti
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le Point
Deux ans après l’explosion à Beyrouth, le Liban au bord du gouffre
Article mis en ligne le 5 août 2022

L’effondrement dimanche de silos à grains a ravivé les traumatismes du Liban, embourbé dans une crise économique et contrarié par des ingérences politiques.

Deux ans après le drame du port de Beyrouth, le Liban peine toujours à se reconstruire, fragilisé par la catastrophe. Jeudi 4 août marque le deuxième anniversaire de la gigantesque explosion au port de Beyrouth qui a dévasté des quartiers entiers de la capitale, avec des manifestations de proches de victimes déterminés à poursuivre leur combat pour la vérité et la justice. La déflagration, survenue dans un entrepôt abritant des centaines de tonnes de nitrate d’ammonium stockées sans précaution, l’une des plus importantes explosions non nucléaires jamais enregistrées, a fait plus de 200 morts et 6 500 blessés. (...)

Pourtant, l’enquête ouverte au Liban a été entravée par des ingérences politiques et aucun représentant de l’État n’a jusqu’ici été tenu pour responsable de la tragédie qui a connu un nouveau développement la semaine dernière. Plusieurs silos à grains très endommagés dans l’enceinte du port se sont effondrés, et d’autres menacent de s’écrouler, selon des experts. (...)

Cette méga-explosion est un cauchemar dans l’histoire déjà mouvementée du Liban, aujourd’hui embourbé dans la pire crise économique de son histoire, confronté à d’incessantes coupures de courant, à une inflation galopante et à un désespoir généralisé. Trois marches de protestation distinctes sont prévues jeudi en direction du port où de la fumée s’échappe encore des silos après un incendie provoqué par la fermentation des stocks de grains, dans la chaleur torride de l’été. (...)

« Cette classe dirigeante nous tue tous les jours, estime Tatiana Hasrouty. Ceux qui ne sont pas morts dans l’explosion meurent de faim », dit-elle. Les boulangeries rationnent le pain, les coupures de courant peuvent aller jusqu’à 23 heures par jour, les rues sont sombres la nuit et les feux de circulation, hors service. (...)

En avril, le gouvernement a ordonné la démolition des silos, mais celle-ci a été suspendue, notamment en raison d’objections de proches de victimes qui veulent qu’ils soient conservés pour en faire un lieu de mémoire. L’ingénieur civil français Emmanuel Durand, qui surveille les silos, a averti que le risque d’un nouvel effondrement partiel ou total n’avait « jamais été aussi élevé ».

L’enquête risque elle aussi de s’effondrer, l’enquêteur principal, Tarek Bitar, ayant été empêché de poursuivre sa mission par une série de poursuites intentées contre lui et une campagne dirigée, notamment, par le puissant mouvement armé du Hezbollah, poids lourd de la vie politique locale. Mercredi, des experts indépendants des Nations unies et des ONG ont appelé à l’ouverture d’une enquête internationale « sans délai », soulignant qu’il était « clair, aujourd’hui plus que jamais, que l’enquête nationale ne pouvait rendre justice ».