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En Cisjordanie, l’accès des palestiniens aux ressources en eau devient une question brûlante
Article mis en ligne le 7 octobre 2017
dernière modification le 6 octobre 2017

Réputée depuis des siècles pour son climat exceptionnel et la qualité de ses fruits, la ville millénaire de Jéricho, située à l’est de Jérusalem en Cisjordanie, souffre d’importantes pénuries d’eau. Les agriculteurs y tentent, tant bien que mal, de faire face au manque de pluies, mais aussi et surtout aux restrictions d’utilisation imposées par l’occupation israélienne. Ils sont aussi contraints de partager leur eau avec les implantations illégales de colons, qui ne cessent de croitre et développent leur agriculture. Reportage dans les Territoires occupés palestiniens.(...)

Les permis de travaux pour creuser de nouveaux puits sont délivrés littéralement au compte-goutte par les autorités israéliennes, qui imposent aussi des limites de profondeur et des quotas de prélèvements annuel. Tout puits creusé de manière illégale est systématiquement détruit par les forces israéliennes. « Les accords de paix (Oslo II, ndlr) ont défini que nous, Palestiniens, ne pouvons pas être maîtres ni de l’air au-dessus de nous, ni du sol sous nos pieds. C’est pour cela que nous devons demander des autorisations », explique Faissel Saïd, le dernier puisatier de la ville encore en activité. « Nous ne pouvons creuser qu’à 150 mètres, alors que les Israéliens vont parfois pomper jusqu’à 1000 mètres de profondeur. » L’entrepreneur, qui affirme ne travailler que dans la légalité, souligne le fait que les Palestiniens sont soumis à des quotas, alors que les colons, eux, ne le sont pas.

Partage inéquitable des ressources

La question du contrôle et du partage des ressources en eau est un problème qui touche au quotidien les quelques quatre millions de Palestiniens. Les Accords de Paix d’Oslo II en 1995 ont établi une répartition des ressources souterraines de la région à 80% pour les Israéliens, et 20% pour les Palestiniens. C’est Israël qui est chargé de gérer l’approvisionnement des Territoires occupés, principalement à partir d’aquifères paradoxalement situés en Cisjordanie. Cet accord, initialement provisoire, n’a jamais été révisé et le Comité israélo-palestinien de l’eau (Join Water Committee) mis en place pour sa coordination a été gelé plusieurs années durant [1]. (...)

En dix ans, la capacité agricole de Jéricho, surnommée le « Panier de fruits et légumes de Palestine », s’est réduite de près de 20%, en raison de ces problèmes d’irrigation. Le puisatier explique que certes, le niveau des pluies a tendance à se réduire depuis une trentaine d’années, mais le manque d’eau n’est pas une fatalité. Il suffit de regarder dans la région le simple exemple d’Israël, un des pays leader dans les réponses technologiques à la sécheresse, notamment grâce à sa dizaine de stations de désalinisation d’eau de mer et de traitement des eaux. Depuis quelques années déjà, elles mettent la population israélienne à l’abri des pénuries.

Si les champs des Territoires occupés se dessèchent, c’est donc avant tout une question politique. Les agriculteurs palestiniens sont, en effet, toujours les derniers à être approvisionnés : ils doivent passer après les Israéliens, après les colons de Cisjordanie et après les besoins domestiques de la population palestinienne, qui poursuit sa croissance démographique. (...)

Al-Auja, une source confisquée par les colons

À une dizaine de kilomètres au nord de Jéricho, le développement de la colonie de Yitav a un impact désastreux sur la culture de la banane palestinienne. « Il y a encore 15-20 ans, il y avait ici 20 000 hectares de bananiers », regrette Mohammad Raee en pointant une zone en friche non loin de la frontière avec la Jordanie. La source d’Al-Auja qui alimentait la plantation, mais aussi une partie des habitants, s’est complétement tarie après que les Israéliens ont creusé plusieurs puits, destinés entre autres aux colonies qui, elles, continuent à produire dattes, légumes et bananes. (...)

Trouver des ressources alternatives

Dans l’impossibilité de creuser de nouveaux puits et de s’approvisionner aux sources détournées par d’autres, l’une des solutions restant aux agriculteurs locaux est la réutilisation des eaux usées. Plusieurs stations de traitement ont été construites ces dernières années dans divers municipalités des Territoires occupés. Jéricho a inauguré la sienne, fin 2016. Financée en partie par des fonds en provenance du Japon, elle ne tourne pour l’instant qu’à un tiers de sa capacité. (...)

Permaculture et récupération d’eau de pluie

En plus des eaux retraitées, les agriculteurs trouvent de petites solutions palliatives, car désormais chaque goutte compte : entretien des canaux ancestraux d’irrigation pour éviter les fuites et l’évaporation, adaptation des plantations aux techniques de permaculture et récupération des eaux de pluies. Toutes ces méthodes peuvent être mises en place facilement et sans autorisations particulières. « Il faut se concentrer finalement sur ce que l’on a déjà », explique Naser Qadous, en charge des questions d’agriculture à l’American Near-East refugees aid (ANERA, programme d’aide américaine aux réfugiées du Proche-Orient).

Cette organisation accompagne tous ces projets et renforce le partage des connaissances entre les agriculteurs. Pour cela, un des projets a été de réaliser de petites vidéos dans lesquelles les paysans exposaient des techniques simples et des bonnes pratiques. (...)

De l’avis de nombreux observateurs, les investissements de l’Autorité palestinienne sont insuffisants pour soutenir le secteur. Mohammad Raee, qui a entamé sa reconversion en achetant 500 jeunes palmiers plantés sur un lopin de 35 hectares en location, explique n’avoir reçu quasiment aucune aide de son gouvernement. « Il faudra huit ans avant que ma plantation soit rentable. Cette année, j’aurai peut-être remboursé mon investissement. Les seules aides qu’on reçoit sont des prix préférentiels du ministère de l’Agriculture pour l’achat de petits matériels, tels que des cagettes ou des filets de protection pour les dattes. » (...)