Les autorités guyanaises ont annoncé, le 25 juillet, l’ouverture d’un centre d’hébergement temporaire, de faible capacité, pour les migrants à Cayenne. Quelques jours plus tôt, la maire de la ville avait observé une grève de la faim pour protester contre les "désordres insupportables et inhumains" générés, selon elle, par les exilés vivant à la rue.
(...) L’idée est d’accueillir les exilés le temps qu’ils entament, avec l’aide de l’ONG Humanity First, leurs démarches de demande d’asile. Une fois ces démarches entreprises, ils pourront rejoindre le système de prise en charge dédié aux demandeurs d’asile, assurent les autorités. (...)
L’ouverture de cette modeste structure fait suite à une grève de la faim observée par la maire de Cayenne, Sandra Trochimara, le 20 juillet, et qui a pris fin depuis. L’édile protestait contre les conditions de vie “indignes” et inacceptables des migrants dans sa ville. Des dizaines de demandeurs d’asile sont contraints de vivre à la rue à Cayenne, où les forces de l’ordre les font se déplacer quotidiennement, rendant leur comptage difficile par les associations.
“Je fais le choix réfléchi, par une grève de la faim, d’exprimer un ‘non’ à cette situation qui perdure dans le temps et qui génère des désordres insupportables et inhumains sur le domaine public, avait justifié Sandra Trochimara. Tout doit être mis en œuvre par le gouvernement pour limiter, voire restreindre l’accès au territoire de la Guyane et contrôler cette nouvelle dynamique migratoire. (…) Nous n’avons pas les infrastructures pour accueillir, accompagner, installer tous ces migrants.” (...)
La Cimade, qui vient en aide aux migrants et réfugiés, concède de “timides progrès” en termes d’accueil, avec notamment une augmentation du nombre de places d’hébergement pour les demandeurs d’asile (la Guyane est désormais équipée d’environ 250 places d’hébergement et de 700 places en nuitées d’hôtel). Mais l’organisation déplore surtout “des lois successives qui rendent chaque fois plus compliquées les conditions d’accès au séjour”.
Le territoire guyanais fait office de cas à part en France. En Guyane, par exemple, les délais de traitement des demandes d’asile sont raccourcis : les demandeurs d’asile ne disposent que d’une semaine pour rendre leur dossier de complet à l’OFPRA, avec leur récit rédigé à l’écrit en français, contre 21 jours en métropole. “Ce sont des délais beaucoup trop courts qui limitent l’accès à l’asile”, estime Matthias Geraud, président du groupe local de La Cimade en Guyane.
"Sentiment de haine envers les exilés vivant à la rue”
Pour les associations sur place, dont La Cimade et Médecins du Monde, la grève de la faim médiatisée de la maire de Cayenne ne résout rien au problème, bien au contraire. “Nous condamnons cette démarche, qui vient attiser un sentiment de haine envers les exilés vivant à la rue”, réagit encore Matthias Geraud. (...)
“Cette démarche vise à faire de ces personnes les boucs émissaires des manquements des autorités, quelles qu’elles soient. Or, si ces personnes sont dans la rue, c’est parce qu’elles n’ont pas le choix”, poursuit-il, accusant le manque de logements fournis par l’État et le “très difficile accès au marché du travail pour les personnes maîtrisant pas ou peu le français”.
Par ailleurs, l’ouverture du nouveau centre à Cayenne est “clairement sous-dimensionné quant aux réels besoins”, juge Matthias Geraud. (...)