À Lux, en Saône-et-Loire, les Gilets jaunes prennent « soin des maillons faibles du tissu social délaissés par l’État ». Leur tentative de « filtrage » symbolique d’un site d’Amazon au nom de la justice sociale et de l’environnement a donné lieu à une réaction disproportionnée des forces de l’ordre, selon les témoignages recueillis par Reporterre.
Particulièrement sensibles au manque de moyens humain et matériel dans les hôpitaux publics, David et ses camarades ont également affiché leur soutien au personnel du bloc opératoire de William-Morey, le centre hospitalier de Chalon-sur-Saône, en proie à un déficit de 5,5 millions d’euros. Les urgentistes sont en grève depuis le 24 décembre 2018, dénonçant des conditions de travail indignes et un plan d’austérité devant être mis en œuvre ce mois-ci, comprenant des suppressions de RTT et des heures supplémentaires non payées. « Le personnel est à bout, le temps d’attente est extrêmement long, les médecins manquent… ça en dit long sur la catastrophe sanitaire et sociale que l’on traverse, déplore Daniel. On se sent abandonnés, littéralement, alors on tente de le pallier à notre façon. »
« En matière d’écologie, on voit plus loin que Nicolas Hulot »
En parallèle du dernier Téléthon, le 8 décembre dernier, les Gilets jaunes de Lux ont organisé un « giléthon ». En une journée de quête, proposant des bisous, des câlins et des soupes, ils ont récolté 1.300 euros. Les fonds ont été reversés aux sapeurs pompiers de la commune, co-organisateurs du Téléthon, aux personnels et aînés dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), ainsi qu’à des enfants malades. (...)
« Amazon est une infamie sur le plan social et environnemental ! »
À 2,3 kilomètres du rond-point de Lux, la ville de Sevrey accueille l’un des cinq entrepôts français de l’enseigne Amazon. Le dimanche 13 janvier, un reportage de l’émission « Capital », diffusé sur M6, révélait d’importantes destructions de produits neufs invendus sur ce site, dont 293.000 produits envoyés à la casse en 9 mois, selon des sources syndicales. « Ce n’est même plus de l’obsolescence programmée, s’insurge Daniel, c’est carrément des produits gaspillés avant même d’avoir pu servir à quelqu’un. » (...)
Le vendredi 4 janvier dernier, un groupe d’une soixantaine de Gilets jaunes s’est lancé en direction de la plateforme logistique vers 18 h 30. L’idée : filtrer l’accès au site pour ralentir l’activité de l’entreprise. (...)
Ce soir-là, 18 personnes, dont une mineure de 15 ans, ont été interpellées et placées en garde à vue « pour entrave à la circulation et refus de se soumettre aux sommations de se disperser. »
« On est des citoyens et on essaie de défendre naïvement nos droits » (...)
Les Gilets jaunes s’étaient dispersés et on ne voyait plus les gendarmes. Le premier gendarme que j’ai vu est celui qui m’a sauté sur le dos pour me mettre les menottes. J’ai 52 ans et j’ai failli mourir d’une maladie grave en 2016. Je ne cours pas vite. Le gendarme m’est tombé sur le dos, il m’a esquinté le genou et cassé une côte. J’ai été menotté très violemment. Ensuite, on m’a assis par terre, contre un véhicule de gendarmerie, et j’ai attendu quinze minutes. J’ai été regroupé dans la rafle, avec les 17 autres Gilets jaunes interpellés, dont une mineure qui n’était pas non plus à Amazon. Elle a été blessée par les forces de l’ordre. On était entourés de gendarmes mobiles. Au bout d’une demi-heure, on a été dispatchés en garde à vue dans toutes les gendarmeries du département. J’ai été emmené à Autun pour entrave à la circulation et participation à un attroupement non armé après sommation de se disperser. Je n’ai pas eu le droit à un avocat, pas eu le droit d’avoir mon procès-verbal, mon certificat médical, mes procès-verbaux… On m’a refusé toute remise de document pouvant m’aider à défendre mes droits. Alors que je n’étais même pas à Amazon. J’ai été libéré sans aucune excuse, comme cinq autres Gilets jaunes. Les 13 autres ont été poursuivis.
Pour moi, les gendarmes se sont servis des incidents minimes devant la plateforme d’Amazon comme d’un prétexte pour mener une rafle de Gilets jaunes autour du QG, avec des interpellations qui ont eu lieu à plus de 2 kilomètres d’Amazon, sans même savoir si tous les interpellés avaient participé à l’action. » (...)
Daniel œuvre actuellement à regrouper les témoignages des 18 personnes interpellées pour monter une procédure en justice.