Somayeh Rostampour est sociologue et ses recherches portent sur le Kurdistan, l’Iran, le Rojava et la Turquie. Elle est l’autrice de Femmes en armes, savoirs en révolte. Du militantisme kurde à la Jineolojî (Agone, 2025) et poursuit son engagement en tant que chercheuse, Kurde et féministe. Elle est membre active de plusieurs collectifs internationalistes, féministes et issue de l’exil. Nous publions son analyse limpide et documentée de ce qu’est le campisme, que l’on peut définir comme une grille de lecture des évènements internationaux qui, sous prétexte de dénoncer l’impérialisme du nord, invisibilise et exclut les résistances internes aux régions du sud.
Iran : pour en finir avec le campisme
Somayeh Rostampour
Somayeh Rostampour
• 26/03/2026
International
Photo de Sajad Nori sur Unsplash
Somayeh Rostampour est sociologue et ses recherches portent sur le Kurdistan, l’Iran, le Rojava et la Turquie. Elle est l’autrice de Femmes en armes, savoirs en révolte. Du militantisme kurde à la Jineolojî (Agone, 2025) et poursuit son engagement en tant que chercheuse, Kurde et féministe. Elle est membre active de plusieurs collectifs internationalistes, féministes et issue de l’exil. Nous publions son analyse limpide et documentée de ce qu’est le campisme, que l’on peut définir comme une grille de lecture des évènements internationaux qui, sous prétexte de dénoncer l’impérialisme du nord, invisibilise et exclut les résistances internes aux régions du sud.
L’Iran traverse une phase d’une violence et d’une intensité exceptionnelles. Depuis le soulèvement de 2022, suite au meurtre policier de la jeune Jina Amini, la République islamique n’a cessé de chercher, dans chaque guerre et dans chaque crise géopolitique, les moyens de restaurer une part de l’autorité et de la respectabilité qu’elle avait perdues. La guerre menée par le colonisateur génocidaire israélien contre les Palestiniens, après le 7 octobre 2023, puis la première attaque israélo-américaine contre l’Iran en juin 2025, lui ont offert un premier cadre de recomposition. Le massacre de janvier 2026, au cours duquel des milliers de manifestants iraniens ont été tués en seulement quelques jours par les forces du régime théocratique, et ce pour avoir protesté contre la crise économique et la dictature politique, a cependant rouvert une crise aiguë de légitimité – à la fois interne et internationale.
Alors que l’Iran était encore en deuil et que nombre de familles n’avaient même pas pu récupérer les corps de leurs proches, les États-Unis et Israël ont déclenché, le 28 février 2026, une nouvelle invasion impérialiste. Plus violente encore. Elle a, paradoxalement, aidé le régime à regagner une partie de son crédit perdu par la répression sanglante du mois précédent. En ce sens, cette attaque américano-israélienne doit être comprise non comme l’antithèse de la violence du régime iranien, mais comme l’un des moments par lesquels cette violence trouve les conditions de sa reproduction politique. Ces événements ne constituent ni des séquences distinctes, ni deux violences opposées – l’une répressive et l’autre prétendument libératrice –, mais les moments successifs d’un même processus contre-révolutionnaire. Autrement dit : la guerre extérieure a prolongé et approfondi la contre-révolution intérieure, tout en permettant au régime iranien de resserrer la cohésion interne et d’étouffer, une fois de plus, la contestation populaire. (...)