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Marie-Claude Saliceti
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Libération
Est-il vrai que l’exécutif et Darmanin ne condamnent jamais les menaces venant de l’extrême droite ?
Article mis en ligne le 24 novembre 2021

Les membres du gouvernement n’ont réagi aux menaces visant la gauche et des journalistes qu’en réponse à des questions qui leur étaient posées. Silence du côté du ministre de l’Intérieur, qui se prévaut pourtant de dissolutions de groupes identitaires.

Vous nous avez demandé : « Pourquoi les autorités ne dénoncent jamais les menaces de l’extrême droite ? » Cette question intervient alors que ces dernières se multiplient, envers les forces politiques de gauche, mais aussi à l’encontre des journalistes. A tel point qu’une trentaine de sociétés de journalistes ont cosigné une tribune pour interpeller le gouvernement sur le sujet.

L’initiative fait suite à une révélation de Streetpress : des néonazis partageaient dans le groupe Telegram « les Vilains Fachos » des portraits de journalistes et de personnalités de gauche marqués d’une cible. Visés, les députés La France insoumise Jean-Luc Mélenchon et Danièle Obono, ainsi que le journaliste du Média Taha Bouhafs et le rédacteur en chef de Streetpress, Mathieu Molard, ont saisi la justice.

L’exécutif, par la voix du Premier ministre, Jean Castex, a réagi au lendemain de la révélation de ces menaces, mais à la suite d’une question au gouvernement posée par le député LFI Mathilde Panot : « Je le dis de la façon la plus solennelle ici. Nous condamnons sans aucune forme de réserve les agissements que vous venez de rapporter devant la représentation nationale. Ils sont parfaitement inadmissibles. Oui, il existe des réseaux actifs d’extrême droite. […] Nous ne faisons pas que le constater avec vous, nous agissons, chère madame. D’abord pour vous rappeler que sur les faits la justice est saisie. Deuxièmement, nous renforçons nos moyens, parce que derrière ça, il y a la haine sur les réseaux sociaux, dont on sait les ravages qu’elle peut causer. »

« Plus généralement, aucune réaction du gouvernement »

Même schéma en juin, quand les youtubeurs d’extrême droite Papacito et Code Reinho essayaient des armes et faisaient mine de tuer des mannequins représentant des électeurs de gauche. Une enquête avait été ouverte « pour provocation publique non suivie d’effet à la commission d’atteintes à la vie ou à l’intégrité des personnes ». Mais il avait là aussi fallu que l’exécutif soit interrogé sur son absence de réaction, au lendemain de la publication de ce contenu (...)

Le jour suivant, c’était Jean Castex qui s’exprimait, en réponse à une question du député LFI Adrien Quatennens à l’Assemblée nationale (...)

Le même jour, la secrétaire d’Etat déléguée auprès du ministre de l’Intérieur, Marlène Schiappa, pointait la responsabilité des plateformes dans l’hébergement de tels contenus, en réponse à une question de BFMTV.

En septembre, la révélation que le site d’extrême droite Fdesouche hébergeait une liste d’« islamogauchistes » n’avait en revanche suscité aucune réponse gouvernementale. Le député LFI Eric Coquerel avait pourtant demandé la suspension de ce site par une question écrite adressée à Gérald Darmanin. « Nous n’avons pas reçu de réponse à cette question écrite. Plus généralement, aucune réaction du gouvernement », nous fait savoir l’équipe du député insoumis.
Géométrie variable

Gérald Darmanin n’a pas non plus réagi publiquement aux menaces des youtubeurs d’extrême droite ou des néonazis évoquées plus haut contre les journalistes, les députés insoumis et plus largement les militants de gauche. « Soutien […] à tous les élus victimes de menaces », écrivait pourtant le ministre de l’Intérieur quand le maire de Bron (Rhône) était menacé de mort.

Les critiques visant le silence de Gérald Darmanin s’appuient aussi sur le fait que, par le passé, le ministre avait bien pris position face à de telles menaces. Elles visaient alors d’autres journalistes ou des membres de la majorité. (...)

Contre-exemple notable, quoiqu’il ne s’agisse pas à proprement parler de menaces : Gérald Darmanin a soutenu sur son compte Twitter la députée insoumise Danièle Obono, quand Valeurs actuelles la caricaturait en esclave (le magazine d’extrême droite a fait appel de sa condamnation en première instance).

Vous nous avez aussi demandé

Interrogé sur ce traitement jugé à géométrie variable, le cabinet du ministre de l’Intérieur, contacté par CheckNews, s’en défend : « Le ministre de l’Intérieur a porté la dissolution de Génération identitaire et de l’Alvarium notamment », nous répond-on. Suscitant à chaque fois un satisfecit de Gérald Darmanin sur Twitter (pour Génération identitaire puis pour l’Alvarium). Qui plus est, poursuivent ses équipes : « Il a fait fermer plusieurs groupes Telegram dans lesquels des menaces étaient prononcées contre des élus. »