En France, plusieurs millions de faisans et de perdrix — des animaux sauvages — sont élevés dans de petites cages dans le but d’être relâchés… et abattus pendant la saison de chasse.
Ce week-end, il ne sera pas rare de croiser un faisan au bord des routes de campagne. Reconnaissable à son beau plumage coloré, ponctué de rouge et de reflets bleutés, cet oiseau réapparaît toujours dans les paysages ruraux, en fin de semaine, dès la mi-septembre.
La raison ? Les lâchers de gibier pour l’ouverture de la saison de chasse. Celle-ci débutera le 11 septembre dans les départements du sud de la France – à partir du 18 ou du 25 septembre pour les autres – et s’achèvera au début de l’année 2023 (...)
Pendant toute cette période, les chasseurs vont (entre autres) traquer des faisans et des perdrix. Des oiseaux sauvages, qui, pour la plupart ne le sont plus. Ils sont en effet nombreux à être élevés en captivité pendant des mois, afin d’être vendus aux chasseurs – qui les relâchent quelques jours avant le début de la chasse, puis cherchent à les abattre.
La pratique existe « depuis des siècles », affirme le naturaliste Pierre Rigaux. Mais les élevages de gibier de chasse se sont particulièrement développés dans les années 1970, quand la petite faune sauvage (lièvres, lapins, oiseaux...) a disparu des campagnes françaises. « Il a fallu apporter un complément de gibier pour pouvoir pratiquer la chasse sans créer ou détériorer le capital central des populations », justifie Jean-Christophe Chastang, président du syndicat national des producteurs de gibier de chasse (SNPGC), dans une interview accordée à Chassons TV.
La pratique se poursuit depuis (...)
10 à 15 millions d’oiseaux élevés en France
Combien existe-t-il d’élevages de gibier aujourd’hui, et combien d’animaux y sont élevés ? Difficile de le savoir. Aucun travail de recensement n’est rendu public par les préfectures ou les fédérations de chasse. (...)
Une partie est exportée, notamment en Angleterre, en Espagne et en Italie. (...)
Emprisonnés dans des cages pour leurs œufs
Car il existe deux volets distincts dans ce secteur : la reproduction des animaux, et leur élevage en tant que tel. Les élevages de reproduction sont reconnaissables à leurs rangées de centaines de cages, posées les unes à côté des autres, en extérieur. Les oiseaux sont généralement deux par cage pour les perdrix (un mâle et une femelle), et dix par cage pour les faisans (un coq et huit à neuf poules faisanes). La hauteur des cages, suspendues au-dessus du sol, est de 10 centimètres. Le plancher des cages est grillagé, pour que les déjections des oiseaux tombent par terre, et incliné, pour que les œufs puissent être récupérés et placés dans des couveuses, où il pourront éclore. [2]
Ces animaux dits « reproducteurs » restent emprisonnés là, par tous les temps, jusqu’à l’âge de deux ou trois ans, où ils sont vendus aux chasseurs. « C’est de l’élevage d’animaux sauvages en batterie, dénonce Muriel Arnal, présidente de l’association de défense des droits des animaux One Voice. Ce sont pourtant des animaux territoriaux, qui ont besoin de vastes espaces. » (...)
En France, ces exploitations appartiennent principalement à l’entreprise Gibovendée. « Leader de la reproduction du gibier en France et en Europe », comme l’indique son slogan. En 2020, l’association de défense des droits des animaux L214 a publié des vidéos d’un élevage appartenant à Gibovendée, situé à Missé (Deux-Sèvres). On y voyait des oiseaux agités, tentant de s’envoler hors de leur cage, et se cognant contre le plafond de celle-ci. Certains se coinçaient la tête dans le passage réservé aux œufs, agonisant. La poubelle était jonchée de cadavres. Rebelote en 2022 : One Voice a diffusé des images similaires, provenant d’un autre élevage de Gibovendée, situé cette fois à La Peyratte (toujours dans les Deux-Sèvres). (...)
One Voice et L214 se sont donc opposées à l’agrandissement de cet élevage de La Peyratte, qui compte désormais 95 200 emplacements volaille. En vain. (...)
Même non chassés, ils n’arrivent pas à survivre dans la nature (...)
« Dans la nature, ce sont des animaux qui vivent avec leur mère, ou par petits groupes sociaux, rappelle Pierre Rigaux, qui a enquêté sur une trentaine d’élevages. Là, au contraire, ils sont sans leurs parents, dans des hangars dans lesquels il y a des milliers de poussins du même âge et de la même espèce. » Pour éviter les agressions, les oiseaux sont maintenus dans l’obscurité. Les éleveurs leur installent des couvre-becs. (...)
l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a fait remarquer, dans un avis publié en 2016, que « des taux de mortalité très importants sont constatés dans les jours et les semaines » suivant les lâchers, y compris ceux « de repeuplement ». « Ces taux peuvent aller de 45-55 % jusqu’à 60-80 % », poursuit l’Anses, soulignant une « inadaptation de ces oiseaux à l’environnement » et une « prédation importante et rapide par des carnivores ou des rapaces ». Ainsi, même s’ils ne sont pas abattus directement par les chasseurs, les oiseaux ne réussissent pas à survivre. (...)
« Les fientes rajoutent des nitrates dans les eaux » (...)
Face à cette avalanche de problèmes, la colère monte. « Faire naître des oiseaux dans des conditions misérables juste pour le plaisir de les flinguer, je ne pense pas que ce soit défendable », estime le naturaliste Pierre Rigaux. Comme plusieurs associations, il réclame une réforme radicale de la chasse et l’interdiction des élevages de gibier.
On en est encore loin : force est de constater que l’État soutient ce type d’élevage. (...)
Vous ne devriez surtout pas chasser. La sécheresse, les incendies et la canicule ont abîmé la faune sauvage. La biodiversité s’effondre. Nous devrions laisser les animaux en paix, loin de vos 4x4 et de vos fusils. #Chasse https://t.co/QwV6crxZBl
— Sandrine Rousseau (@sandrousseau) September 11, 2022