Les médias touchés ont fermement condamné le tir de samedi. L’armée israélienne justifie son action, dénonçant l’utilisation par le Hamas de ces médias comme "boucliers humains"
1 Que s’est-il passé à Gaza ?
La tour Al-Jalaa, située à Gaza, a été visée samedi dans l’après-midi par une frappe de l’armée israélienne. Un tir qui intervient alors que l’Etat hébreu et les Territoires palestiniens sont en proie à de violents affrontements depuis plusieurs jours. Haute de 13 étages, l’immeuble abritait notamment les bureaux locaux de Al-Jazeera et AP. Les occupants de l’immeuble ont été prévenus en amont par les autorités militaires israéliennes qui, à la mi-journée, leur ont donné une heure pour évacuer les lieux.
L’agence AP signale avoir tenté d’alerter le gouvernement israélien (article en anglais) avant la destruction du bâtiment, en vain. Elle rapporte également que le propriétaire de l’immeuble a demandé à l’armée israélienne quelques minutes supplémentaires pour permettre aux journalistes de récupérer leur matériel, là encore sans succès.
2 Pourquoi ce bâtiment a-t-il été visé ?
L’armée israélienne explique dans un tweet avoir "ciblé une base d’opérations importante pour les renseignements militaires du Hamas" en visant cette tour. Elle avance également la présence d’équipements militaires dans l’immeuble où les médias étaient, selon elle, utilisés comme "boucliers humains", rapporte l’AFP. (...)
"Cette frappe ne contribuera pas à rehausser l’image de l’Etat d’Israël au sein de l’opinion publique, image qui me semble de plus en plus dégradée", commente Didier Billion.
3 Quelles conséquences pour Al-Jazeera et AP ?
La chaîne d’information et l’agence de presse n’ont désormais plus de bureaux à Gaza. La direction d’AP s’est dite "choquée et horrifiée". "Nous avons évité de justesse de terribles pertes humaines, a souligné Gary Pruitt. Le monde sera moins informé sur ce qui se passe à Gaza à cause de ce qui s’est passé aujourd’hui."
Le directeur d’Al-Jazeera, Mostefa Souag, a pour sa part dénoncé des agissements à l’encontre du droit international : "La destruction des bureaux d’Al-Jazeera et de ceux d’autres médias (...) est une violation flagrante des droits humains et est considérée internationalement comme un crime de guerre."
D’autres médias ont réagi à cette frappe : "L’AFP tient à exprimer toute sa solidarité avec les médias dont les bureaux ont été détruits à Gaza. Le droit à l’information doit être scrupuleusement respecté par toutes les parties à un conflit", a déclaré le PDG de l’AFP, Fabrice Fries. Les journalistes de l’agence française basés à Gaza accueilleront désormais dans leurs locaux leurs collègues d’AP et d’Al-Jazeera, a annoncé dimanche matin le directeur de l’AFP au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, Sylvain Estibal.
4 Quelles sont les réactions de la communauté internationale ?
Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, assure avoir le soutien "sans équivoque" du président américain à propos des frappes sur la bande de Gaza. Joe Biden évoque toutefois des "inquiétudes au sujet de la sécurité des journalistes". Sa porte-parole, Jen Psaki, avance qu’il a été rappelé à Israël que "garantir la sécurité des journalistes et des médias indépendants était une responsabilité d’une importance capitale".
Ces rappels à l’ordre tranchent avec la position habituelle du pays, réputé pour son soutien sans faille à l’Etat hébreu. (...)
Alors qu’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU doit avoir lieu dimanche à 16 heures, les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne se réuniront mardi lors d’une visioconférence extraordinaire, "compte tenu de l’escalade en cours (...) et du nombre inacceptable de victimes civiles", a annoncé dimanche Josep Borrell, chef de la diplomatie européenne. "Les dirigeants israéliens s’affranchissent du droit international depuis des décennies. Il y a des résolutions de l’ONU qui ont été votées, et qui ne sont toujours pas appliquées", rappelle Didier Billion.
Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, s’est dit "consterné" par le "nombre croissant de victimes civiles" et "profondément perturbé" par cette attaque contre un bâtiment abritant des médias.