On savait que l’année 2021, et même la fin de l’année 2020, avaient été marquées, chez les jeunes, par une hausse des gestes suicidaires et des tentatives de suicide, que certains spécialistes avaient liée aux effets du confinement et de la crise sanitaire en général. De nouvelles données, obtenues par Libération, indiquent que le phénomène est essentiellement le fait des adolescentes et des jeunes femmes.
La plus forte prévalence des tentatives de suicide chez les jeunes femmes est une donnée connue depuis des années (même si elle ne se retrouve pas dans les suicides « complétés », c’est-à-dire dont l’issue est fatale, où le rapport est inversé) (1). Mais les chiffres que nous avons obtenus, à partir de trois indicateurs convergents, indiquent un phénomène inédit par son ampleur, et pour lequel les explications manquent encore.
Hausse de 22% chez les jeunes femmes en 2021 (...)
La très forte augmentation des admissions pour gestes suicidaires chez les adolescentes et jeunes femmes en 2021 est donc venue s’ajouter à une plus grande prévalence de ce comportement, qui se trouve amplifié.
Les autres indicateurs confirment le phénomène, selon Fabrice Jollant, professeur en psychiatrie (GHU Paris psychiatrie et neurosciences) (...)
Si nous n’avons pas de données au niveau national sur les moyens employés, le professeur Nicolas Georgieff, pédopsychiatre et chef du pôle psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital psychiatrique Le Vinatier de Lyon, fait aussi état d’une évolution des modes opératoires chez les adolescentes : « Nous avons constaté chez des jeunes femmes des tentatives de suicide graves et des suicides avérés avec des modalités très violentes que l’on n’observait jusque-là pas chez les filles, comme la pendaison et la défenestration. »
« Filières sous-dimensionnées »
Interrogé sur les causes du phénomène, Fabrice Jollant avance que « l’explication d’une telle hausse des tentatives de suicide chez les adolescentes n’est encore pas claire du tout », tout en rappelant : « Il est important de garder en tête que, hors pandémie, il existe un pic chez les adolescentes (mais pas les garçons) autour de 15-17 ans. » Evoquant l’impact de la crise sanitaire, Angèle Consoli avance des hypothèses : « Peut-être aussi que les filles ont été plus affectées par ce stress sociétal, par cette insécurité, par la diminution des liens et des repères sociaux ou familiaux. Il y a eu une exposition à la mort, à l’angoisse, à la maladie. Peut-être qu’elles y sont plus sensibles que les garçons. Mais il ne faut pas non plus déduire de cela que les garçons, sur la période, n’ont pas connu davantage de souffrance. Il faudrait avoir les données par sexe concernant la détresse psychique et les dépressions. Peut-être les garçons sont tout autant déprimés, mais que cette détresse s’exprime d’une autre manière. Ce ne sont que des hypothèses. Il faudra étudier différents facteurs de risques et déterminants. » La certitude, c’est que le phénomène est hautement inquiétant (...)
« Et ce qui est préoccupant aujourd’hui, c’est que ça se prolonge. Globalement, depuis l’automne 2020, on a chez les jeunes cette augmentation massive des dépressions, des troubles anxieux et gestes suicidaires. Et c’est une hausse et une demande de soins à laquelle on a du mal à faire face. »
A l’hôpital psychiatrique Le Vinatier à Lyon, l’augmentation massive des arrivées aux urgences a imposé de revoir les dispositifs d’accueil d’urgence et de post-urgence, témoigne Nicolas Georgieff. (...)
« la pédopsychiatrie n’a jamais été autant sollicitée depuis le début de la crise et, en même temps, le nombre de pédopsychiatres s’est effondré »